Duras aurait eu 100 ans vendredi

Louis Mallié - 01.04.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Duras - Resnais - Amant


Vendredi prochain, le 4 mars, Marguerite Duras aura cent ans - ou plutôt aurait eu cent ans. Déjà un siècle donc, pour celle qui écrivait dans l'Amant, roman qui avait achevé de bâtir sa notoriété grâce au Goncourt obtenu en 1984 : « A dix-huit ans, j'ai vieilli. »

 

 

Portraits (Sa Dec, Vietnam)

Marguerite Duras sous tous les angles,dans la maison de Sa Bec où vivait

le jeune Chinois qui lui a inspiré l'Amant. Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0 



Marguerite Donnadieu est née près de Saïgon en Indochine, en 1914. Une enfance mythologique et marquante pour son oeuvre, dans laquelle le passé et l'ailleurs resurgiront toujours commente l'encyclopédie Universalis. Son nom d'auteure, elle le prendra à la petite ville de Duras, située dans le sud-ouest de la France.


Elle revient définitivement à Paris au début des années trente, termine ses études et publie son premier roman Les Impudents en 1943, en même temps qu'elle rejoint la Résistance. C'est le début d'une longue carrière dans laquelle l'écrivaine mêle les savoirs faire, participe à toutes les avant-gardes, et s'engage.


Ainsi, Moderato Cantabile fait partie des oeuvres phares qui l'associent au premier roman, elle écrit pour Alain Resnais le scénario d'Hiroshima mon amour en 1959, milite contre la guerre en Algérie, participe à mai 68… C'est en 1964 que paraît l'ouvrage qui est peut-être le moment clef de son oeuvre, celui dans lequel fond et forme ne fonf plus qu'un, et où cette langue incantatoire mystérieuse et presque mystique s'épanouit complètement. 


« Duras a inventé une forme d'écriture chantée parlée", dit à l'AFP Laure Adler, biographe de l'écrivain. De son écriture, Duras disait qu'elle est un « débordement », un moment de « folie ». « J'écris, voilà. J'entends des mots, l'endroit se ferme, les voix s'affaiblissent. » L'écriture Durassiene est une voix intérieure, voix de l'amour et de la destruction, dont les personnages d'apparence passive et indifférentes sont mus par un désir calculateur.

 

Ce centenaire est donc l'occasion de revenir ou de redécouvrir une oeuvre qu'a louée Lacan, qu'admire Angot; oeuvre à la fois voix intérieure et image du désir composées aussi bien de Un barrage contre le pacifique que de Indian Song ou de Détruire, dit-elle.

 

Et puis, pour ne pas trop pontifier en ce premier avril, c'est aussi l'occasion de se souvenir de la fameuse phrase d'un autre mort, qui n'aurait pas eu cent ans vendredi, mais qui était peut-être plus sympathique que celle qui se targuait d'être plus connue que François Mitterrand… « Marguerite Duras n'a pas écrit que des conneries : elle en a aussi filmé. » Éternel Pierre Desproges - aussi.

 

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