Égypte : Autodafé de livres extrémistes dans une école des Frères musulmans

Nicolas Gary - 16.04.2015

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Une fonctionnaire égyptienne fait l'objet d'une enquête de l'administration, pour avoir brûlé des livres d'une bibliothèque scolaire. Cette dernière serait en effet dirigée par les Frères musulmans, et l'accusée a défendu devant les autorités son geste. Cet autodafé visait à détruire des livres dont les idées extrémistes corrompent les enfants. En avant...

 

 


Crédit Arham

 

 

Bothaina Kishk, responsable du ministère de l'Éducation de Guizeh n'était pas seule : dans ce quartier du Caire, plusieurs autres personnes l'avaient rejointe dans cette cour d'école pour réaliser un grand feu de joie. Des photos circulant sur la toile les montrent en train d'agiter des drapeaux égyptiens, alors que, devant eux, les livres sont jetés aux flammes. L'information n'a pas circulé longtemps avant que les médias et le ministre en personne ne s'en indignent.

 

« La lutte contre le terrorisme ne passera jamais par la crémation de livres », assure Moheb el-Rafie, ministre de l'Éducation. Sauf que cet incident éclaire d'une autre lumière la vague montante de l'extrémisme islamique – et dans le même temps, la repression exercée du gouvernement. 

 

L'intéressée ne semble pas vraiment s'embarrasser de cette enquête. Elle explique à l'AP que sa « conscience pédagogique et religieuse n'acceptera pas cela ». Des écoles qui sont sous le contrôle des Frères musulmans sont des lieux de destruction, affirme-t-elle. « Tout cela relève d'une conspiration de cette communauté pour nous effrayer, afin que nous laissions leurs établissements tranquilles, afin qu'ils corrompent l'esprit des enfants. »

 

Récemment, Mohamed Badie, grand chef des Frères musulmans, a été condamné à mort par un tribunal égyptien. Avec lui, onze autres personnes ont été reconnues coupables de tentatives de déstabiliser l'État, et des attaques. En juillet 2013, Mohamed Morsi, lui-même originaire de cette communauté, avait été destitué de son poste de président égyptien par les forces de l'armée. Et depuis cette époque, les membres de l'organisation font l'objet d'une véritable chasse à l'homme, parfois sanglante. L'ONU avait d'ailleurs critiqué de multiples condamnations à mort, intervenues à travers des procès rapidement menés. 

 

Dans le monde scolaire, la nouvelle administration a mis en place un comité réunissant 12 responsables, qui travaillent à supprimer des bibliothèques scolaires les ouvrages extrémistes. Politiques ou religieux, ces ouvrages étaient placés devant les enfants, avec le risque d'y trouver des informations tronquées ou plus simplement falsifiées. L'histoire du pays, ou la présentation même de l'islam y étaient largement revues et corrigées. 

 

Mais pour Bothaina Kishk, l'autodafé avait pour mission de « brûler les idées de Daesh ». Et à ce titre, aucun regret.