Emile Zola photographe : les photos et le matériel du maître en vente

Béatrice Courau - 27.11.2017

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Le lundi 4 décembre 2017, Artcurial vendra un exceptionnel fonds photographique d'Émile Zola, père des Rougon-Macquart et chef de file du roman naturaliste. Cette collection provient du fonds de son petit-fils, le docteur François Émile-Zola, fils de Jacques Émile-Zola. Elle comprend la majeure partie de l'œuvre et du matériel photographiques de l'écrivain : albums, tirages d'époque, fonds de plaques de verre, appareils photographiques, jusqu'aux blouses de laboratoire en lin blanc, brodées de ses initiales.

 


Autoportrait - Circa 1900 - Cyanotype contrecollé sur carton - Est. 1500-2000€


 

Dix appareils photographiques et trois laboratoires... un dans chacune de ses résidences, Médan, Verneuil et Paris, c'est ce dont Zola eut besoin pour assouvir sa passion de la photographie à partir de 1894. L'immense saga des Rougon-Macquart est achevée. Il a 54 ans. Cette passion va l'habiter presque 10 ans, jusqu'à sa mort prématurée en 1902. Une seconde vie en somme, au cours de laquelle il immortalisa les images de ses enfants et de sa double vie, entre Alexandrine et Jeanne, celles de l'intimité familiale, si chère à son cœur, mais aussi celles du Paris des années 1890, de l'Exposition Universelle de 1900, de ses voyages et de l'exil à Londres.

 

La boulimie d'images de Zola est alors bien réelle. Il veut tout photographier. Il aurait laissé 7000 plaques dont 2000 sont arrivées jusqu'à nous et sont en grande partie présentées durant cette vacation.



Fonds des plaques de verre négatives réalisées par Émile Zola
1894-1902 - Est. 40 000-60 000 €



Longtemps resté inconnu du grand public, ce pan de l'oeuvre de Zola a été révélé dans les années 80.

Zola connaissait bien Nadar, et l'on peut supposer que le grand photographe l'initia aux secrets de son art. Mais il va mettre au point sa propre méthode. Ses notes multiples prouvent à quel point il fut un chercheur curieux, avide de découvertes, un grand perfectionniste aussi. Temps de pose, qualité du papier, des plaques, importance de la lumière, corrections à apporter ... rien n'est laissé au hasard. Zola développe ses négatifs et tire ses épreuves lui-même. Il se sert de tous les formats, et tantôt de plaques, tantôt de la pellicule qui vient de faire son apparition.


Médan et ses environs - Circa 1895-1900 - Papier citrate - Est. 2000-3000€

 

Grâce à son esprit méthodique et à sa rigueur, son acharnement aussi, Zola devient très vite un excellent technicien de la photographie. Il fait un usage audacieux de l’appareil panoramique, sait placer son appareil pour obtenir le meilleur angle de vue, crée des effets de profondeur en tirant parti des lignes qui s’offrent à lui.

Zola photographie la vie, sa vie, avant tout. Ses photographies ne sont pas destinées à la publication, mais à la réalisation d’albums personnels, pour son propre plaisir et celui des siens.

 

Rappelons ici que Zola eut une double vie. Marié à Alexandrine Meley en 1870, il rencontre Jeanne Rozerot que sa femme a engagée comme lingère l’été 1888 pour les vacances à Royan. Elle a 20 ans. Il tombe fou amoureux. Deux enfants naîtront de cette liaison, Denise et Jacques. Cette seconde famille restera cachée de 1889 à 1891, et ce secret sera source de profondes souffrances pour l’écrivain qui n’a pas eu d’enfant avec son épouse et rêve de vivre son bonheur au grand jour. 

 

Zola se partage entre Médan, où il vit avec Alexandrine et reçoit ses amis, et Verneuil où il a installé Jeanne et les enfants. Ainsi, à Verneuil, il photographie Jeanne sous tous les angles et dans tous ses atours, mais c’est à un véritable reportage photographique sur la vie de ses enfants qu’il va se livrer. Il compose un album qu’il intitule « Denise et Jacques, Histoire vraie par Emile Zola, Juin-septembre 1897 », le fait luxueusement relier et le dédicace à Jeanne.

Zola se fait caméraman avant la lettre en photographiant ses enfants dans le jardin de Verneuil, Denise et Jacques courant ensemble vers l’objectif de leur père : les images s’enchaînent, enregistrant le mouvement, proches de l’art cinématographique.
 

 


Zola, qui a mis au point un déclencheur pour se photographier lui-même, composera aussi de nombreux autoportraits où il se met en scène .

 

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L'œuvre littéraire et l'œuvre photographique de Zola ont un point commun : toutes deux sont un précieux témoignage documentaire sur la seconde moitié du XIXe siècle. Qu'il s'agisse de portraits, de paysages, ou de scènes de rues, la modernité de son regard est saisissante. Toutes ses photographies relèvent du désir de capter l'instant, de fixer la fugacité du temps. La peinture impressionniste dont il fut un ardent admirateur et défenseur n'est pas bien loin...


Sous le marteau de Maître Tajan, Émile Zola photographe : 04 déc. 2017 à 19:00 (lot 300 à 374); chez Artcurial, 7 rond-point des Champs-Élysées, 75008 Paris France
Pour consulter le cataogue de la vente (à partir de la page 146 pour le fonds photographique Zola)