En 1864, les premières armes d'Émile Zola dans le journalisme

Auteur invité - 05.07.2019

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En novembre 1864 paraît chez Hetzel et Lacroix, éditeurs à Paris, Les Contes à Ninon. Cet ouvrage est le premier d’un auteur encore inconnu. Âgé de 24 ans, il s’appelle Émile Zola et s’empresse d’en adresser un exemplaire à Géry Legrand, directeur et rédacteur en chef du Journal populaire de Lille. 


 

Malgré un tirage honorable — 4000 exemplaires —, ce quotidien à cinq centimes ne fait pas partie de ces journaux qui font une réputation dans la république des lettres de l’Empire libéral. Pour l’auteur, c’est, d’abord, un geste de reconnaissance envers le premier homme de presse qui a accueilli sa prose dans ses colonnes : « Je vous en fais hommage comme mon parrain en littérature, vous m’avez tendu la main le premier... »

Avant de connaître la notoriété, c’est en effet dans le Nord que le futur auteur des Rougon Macquart a fait ses débuts dans la presse. La relation entre les deux hommes remonte à quelque seize mois. Depuis février 1862, Zola travaille à la Librairie Hachette. Commis aux expéditions, il ficelle des paquets à longueur d’ennui, puis employé au bureau de la publicité, il rédige pour la presse de courtes notices sur les nouveautés éditées par Hachette. Après ses journées de travail, il écrit aussi des poèmes, des contes et des nouvelles. 

Une carrière de poète faussée

Le 16 juillet 1863, il envoie d’ailleurs, à Géry Legrand, deux poèmes, Nina et Doute. Fils de l’ancien député d’opposition, Pierre Legrand, (qui, dans sa jeunesse, avait fondé plusieurs revues littéraires, le Lillois, après des études à Paris, a publié dans L’Illustration et L’Artiste). À la mort de son père en avril 1859, il est revenu à Lille. Dès novembre 1860, il y lance une revue littéraire et artistique, la Revue du Mois, où il  attire de jeunes talents de sa région, mais aussi des compagnons de ses années parisiennes, tous favorables à la République. 

Quelle réponse donna-t-il à cette première lettre de Zola ? Nul ne le sait. En tout cas, en septembre, Zola récidive et lui envoie deux contes, Le Sang et Simplice. Un mois plus tard, Legrand, enthousiaste, lui annonce la publication du premier : « Mes félicitations pour le sang généreux qui a coulé de votre plume ». Il lui demande de faire preuve de patience pour la suite. Il veut « donner plus d’extension à [son] journal », en faire un « recueil politique ». L’autorisation administrative lui est refusée, mais le second conte de Zola passe dans le numéro d’octobre 1863. 

Dépité, Legrand songe à s’installer à Bruxelles. Cependant, il n’entend pas rompre ses relations avec Zola. D’une part, il lui réclame une « notice mensuelle très courte sur chacun des livres dignes d’être remarqués, publiés par la librairie Hachette ». D’autre part, soucieux de l’aider, il le mettra en relation avec le rédacteur en chef de L’Écho du Nord : « Je crois que quelques articles dans un journal comme L’Écho vous serviraient bien et vous poseraient. » Zola accepte l’augure d’un quotidien ouvert à ses articles : « La Revue du Mois m’aura porté bonheur. »

Quant aux notices, rien de plus facile ! Il en rédige déjà pour Hachette, mais « le malheur est qu’à vraiment parler, ce sont là plutôt des réclames que des articles... » S’il ne peut pas se charger d’un compte rendu détaillé, « de temps en temps [il en adressera] un, lorsqu’il s’agira d’un livre qui tentera [sa] plume ». Et déjà de promettre « cinq à six pages sur le Don Quichotte illustré par Doré ». Mais que Legrand n’oublie pas le troisième conte et les vers qu’il lui a envoyés ! Le Lillois a déjà un autre projet en tête. Il s’apprête à lancer un quotidien à bon marché pour « couper l’herbe sous le pied » du Petit Journal, quotidien parisien dont le prix, le format et le contenu séduisent les lecteurs du Nord. En décembre, Zola espère toujours que son article paraîtra dans cette Revue du Mois qu’il chérit tant. Le 18 novembre 1863 est déjà sorti le premier numéro du Journal populaire. Legrand compatit : « Quel malheur de n’avoir pas une Revue du Mois pour publier cette jolie étude ! »

Ce sera pour la rubrique « Variétés » du Journal populaire des 20, 21, 22 et 23 décembre. 

La récidive, dans l'Echo du nord

En janvier et en avril 1864, le quotidien publie à nouveau un article de Zola. En juillet, L’Écho du Nord qui, lui aussi, reprend les « prière d’insérer » de la Librairie Hachette, lui ouvre ses colonnes. Legrand et Zola profitent de leurs relations pour avancer chacun leurs pions. Le premier attend un appui pour la vente de son journal par Hachette à la gare de Lille, un coup de pouce pour la publication d’un ouvrage en préparation.

Le second glisse des comptes rendus de complaisance, propose l’échange d’ouvrages contre l’insertion de publicités, s’impatiente pour sa nouvelle Les Voleurs et l’âne. C’est que, cette fois, il a en vue la publication de ses contes par un éditeur. 

Les relations entre les deux hommes se distendent. Le Journal populaire a été poursuivi en justice à deux reprises, lorsque, le 24 novembre, Zola adresse son premier ouvrage à Legrand : « Voici bien longtemps que nous nous négligeons mutuellement... » Le 21 décembre, Le Journal populaire publie en « Une » une critique des Contes à Ninon « d’un écrivain dont le nom a plusieurs fois paru dans ce journal, M. Émile Zola, qui, deviendra un de ces jours votre conteur favori ».



 
Le 10 janvier 1865, le quotidien se voit retirer l’autorisation de vente sur la voie publique. Legrand songe à la politique. Zola travaille à un roman à paraître en octobre, La Confession de Claude. En vain, il a proposé à L’Écho du Nord deux articles sur La Vie de César, dont l’auteur s’avérera être Napoléon III. 

Zola délaisse la presse du Nord. Ses articles paraissent maintenant dans Le Petit Journal, dans Le Figaro, etc., plus lucratifs et lui assurant une meilleure notoriété. Le 15 novembre 1865, dans une dernière lettre, il adresse à Legrand un exemplaire de son roman. En janvier 1866, il entre comme critique littéraire à L’Événement. Sa carrière littéraire est maintenant lancée. 

Jean-Paul Visse 

Ce feuilleton sur l’histoire de la presse ancienne est publié en partenariat avec la Société des Amis de Panckoucke (panckoucke.blogspot.fr)
 
Bibliographie :

B.H. Bakker (dir. de), Zola. Correspondance, tome 1 : 1858-1867, Les Presses universitaires de Montréal, Ed. du CNRS, 1978, p.594 Claude Bellanger, « Il y a cent ans, Émile Zola faisait à Lille ses débuts dans la presse. Une correspondance inédite », Les Cahiers naturalistes, 1964, n° 26, p. 5-45. 

Géry Legrand, directeur de La Revue du Mois, puis du Journal populaire de Lille, accueille les premiers écrits du jeune Émile Zola, à côté de ceux d’Henry Fouquier, Valéry Vernier, Francis Pittié, Louis Dépret, Casimir Faucompré, Gaston Bergeret, Gustave Masure,... (Musée de l’Hospice Comtesse. Fonds Legougeux) 
 

 


Commentaires
Une mine de documents sur l'oeuvre principale de Zola :

https://www.rougon-macquart.fr/
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