En pleine guerre, à Sarajevo, des bibliothécaires au secours des livres

Nicolas Gary - 11.07.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - Sarajevo Siege 1992 - bibliothécaires livres - sauvegarde manuscrits


Le siège de Sarajevo avait débuté en 1992, le 5 avril officiellement. Opposant la Bosnie-Herzégovine, récemment déclarée indépendante de la Yougoslavie, et les paramilitaires serbes, le conflit entraîna la mort de 5000 civils durant le Siège, avec 330 impacts d’obus quotidiens. Et au milieu d’une ville mortifiée, des bibliothécaires qui ont risqué leur vie pour préserver 10.000 manuscrits, rares et anciens. 


Paalso, CC BY SA 4.0
 

Mustafa Jahic, alors en poste, s’en souvient : « Protéger une bibliothèque n’est pas une tâche aisée, tout particulièrement en temps de guerre. » Il était alors directeur de la bibliothèque de Gazi Husrev-Beg quand la guerre éclata. Un établissement qui disposait d’une collection inestimable de livres anciens et de manuscrits enluminés.

« La bibliothèque de Gazi Husrev-Beg contient les souvenirs de toutes les générations de ces 1000 dernières années. Plus de 100.000 documents, des manuscrits aux livres imprimés », souligne Osman Lavic, actuellement conservateur. Des gens pour qui les livres furent, à une certaine époque, tout aussi importants que les personnes. 

Un patrimoine multicurel en danger

« Certains de ces ouvrages ont été écrits par des Arabes, peut-être à Fès ou à Bagdad, puis repris par un Turc vivant dans la République du Caucase, avant d’être achetés par des Bosniaques. SI vous suivez la trace laissée par ces livres, vous trouverez la beauté dans leur diversité, leur nature multiethnique et multiculturelle », poursuit-il.

Sauf qu’au plus fort des affrontements dans la ville, préserver ce patrimoine était devenu impossible : la bibliothèque nationale de Bosnie elle-même a fini pilonnée et brulée, ses documents ayant entièrement été détruits. « La culture de notre peuple, l’identité et l’histoire de la Bosnie réunies, depuis des siècles dans un lieu unique. Et soudain, tout a été englouti par le feu et les flammes », rappelle un pompier présent durant l’incendie à Aljazeera.

Redoutant alors que Gazi Husrev-Beg ne soit également prise et attaquée, le personnel prit la décision de déplacer les livres, sans en référer à quiconque. 



 
Il s’agissait d’éviter les tireurs d’élite serbes en position, la violence des affrontements dans les rues : ce petit groupe de passionnés — incluant le veilleur de nuit congolais et la personne qui faisait le nettoyage — ont sorti les livres. Un à la fois, dans une boîte, pour préserver toute cette Histoire.

« Comme nous transportions ces boîtes, Sarajevo était sous le feu des obus. Nous courions d’un bâtiment à l’autre », se souvient l’un d’eux. Il fallait agir discrètement, sans parler. « Les confitions, en temps de guerre, sont très spéciales. À tout moment, vous devez prendre des décisions, et improviser », reprend Jahic.



 
Ce sont ainsi plus de 10.000 livres qui furent extirpés du champ de ruines que devenait la ville. « Il aurait été préférable de mourir avec les livres que de vivre sans eux », clame Abbas Lutumba Husein, alors veilleur de nuit. Et les autres survivants d’acquiescer. 

« Les livres sont aussi cruciaux que les personnes. Ce sont les objets les plus importants dans la ville de Sarajevo », conclut Dzehva Dudo, qui était en charge du ménage.


Commentaires
Merci pour cet article et ce documentaire.
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