Enseignement de la Shoah au CM2 : le rapport Waysbord-Loing

Clément Solym - 18.06.2008

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - Shoah - enseignement - primaire


Nicolas Sarkozy avait, le 13 février dernier, proposé durant un dîner au CRIF, que les élèves de CM2 « se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants juifs de France victimes de la Shoah ». Le ministère de l'Éducation nationale avait alors demandé à Madame Hélène Waysbord-Loing, inspectrice générale honoraire de l'Éducation nationale et présidente de l'association de la Maison d'Izieu, de se pencher sur la question.

Précisons immédiatement que le parrainage assez incongru envisagé dans un premier temps a été abandonné.

Relancer l'enseignement, le moderniser, l'adapter

« Inscrit dans sa dimension historique, l’enseignement de la Shoah a une finalité civique et répond à une obligation morale », précise la circulaire qui accompagne ce projet. Dans son rapport remis à Xavier Darcos, Mme Waysborg-Loing estime que « la nécessité d’une relance se fonde sur la disparition progressive des témoins et victimes ». « En ce sens, la thématique des enfants victimes a été d’emblée retenue comme une approche particulièrement adaptée aux élèves de CM2. »


En différents points, on examine alors les nécessaires mesures de prudence, comme l'approche thématique, le souci de ne pas traumatiser un public jeune, parvenir à établir un lien entre l'enfant victime et l'inclure dans un contexte plus vaste, celui du crime contre l'humanité.

Les thèmes à aborder seront alors les suivants :
  • La mémoire et le travail historique dans les classes
  • Les références civiques, le crime contre l’humanité
  • L’Europe
  • Les formes de la culture et de la vie juive. Le rôle de l’art dans la transmission
Comprendre et assimiler

Mais prenant en compte les adaptations obligatoires pour un public jeune, le rapport explique que l'approche ne saurait être statistique ou chiffrée, mais doit se concentrer sur l'histoire et l'existence. À ce titre, plusieurs objectifs sont donnés :
  • Construire une première compréhension historique de la période, à partir de la vie des enfants en France, des itinéraires d’enfants européens ayant trouvé refuge dans notre pays. Donner les repères chronologiques indispensables.
  • Contribuer à l’éducation civique à travers une première approche de la notion de responsabilité individuelle dans un monde de répression injuste et violente. Les termes de xénophobie, racisme, antisémitisme seront précisés. La notion de Crime contre l’Humanité sera abordée à partir d’un exemple précis.
  • Ouvrir à l’histoire européenne à travers la dimension continentale de la Shoah, et la volonté de construire une Europe différente après la guerre.
  • Montrer le rôle de la culture dans l’acceptation de l’altérité. Rendre perceptible le rôle de l’art dans la transmission.

L'enfant doit être protégé

L'adaptation à l'âge des élèves est particulièrement mise en avant, et se refuse à plonger dans le compassionnel : « Il faut distinguer l’identification et l’émotion. » De même, afin de « privilégier la vie », c'est « avant tout l’itinéraire des enfants avant leur déportation qui est évoqué ». Pour y parvenir, le jeu sur la polyvalence des matières et la transversalité est essentiel. Enfin, des documents servant de base à la construction des cours seront mis à disposition des enseignants.

Une circulaire sera prochainement portée à la connaissance des enseignants, ainsi qu'une brochure à l'attention des établissements. La mise en place d'un portail internet sera également prévue, et s'accompagnera d'une formation des professeurs.

Vous retrouverez :