Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Entre Hildegarde de Bingen et Cagliostro, l’énigme du cabinet des poisons

Béatrice Courau - 03.10.2017

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À qui pouvait bien appartenir ce livre qui, sous des dehors bien innocents, au milieu de la bibliothèque, dissimulait de quoi empoisonner,  - ou guérir qui sait ? – le manant comme le tout-puissant… Objet remarquable s’il en est, ce « cabinet des poisons » est une curio à part entière, et a pu tout aussi bien être une trousse à pharmacie qu’une trousse à outils complète pour assassin bibliophile…

 

 
 

 

Datant du début du XVIIeme siècle, avec une date avancée de 1600, la reliure est en parchemin gauffré. Les pages furent d’abord collées, avant d’être creusées pour y intégrer 11 tiroirs en ébène et un compartiment ouvert contenant une fiole de verre.
 

Les boutons de chacun des tiroirs est en argent ciselé, chaque tiroir portant l’étiquette manuscrite indiquant le nom latin de la plante qu’il contenait.

 

Le flacon quant à lui porte la délicieuse inscription « Statutum is hominiens semer mori », autrement un joyeux rappel que tout homme est destiné à mourir un jour.

 

L’illustration collée en page de garde semble être plus tardive que l’objet lui-même, puisqu’elle porte la date de 1682, et est une reproduction du livre de Vésale, fameux curateur, publié en 1543.

 

 

 

Le Must Have de l'apprenti empoisonneur…

 

Hyoscyamus Niger, ou Jusquiame Noire, a des effets hallucinatoires connus depuis l’Egypte ancienne. Parfois utilisée dans la bière pour décupler les effets de l’alcool, elle était aussi utilisée dans l’Antiquité grecque pour provoquer des transes divinatoires. Shakespeare s'en sert pour assassiner le père de Hamlet dès le premier acte...

 

Papaver Somnif, ou Opium : on en tire de fameux narcotiques, tels la morphine, l’héroïne ou la codéine. Mais son usage était aussi destiné à traiter l’asthme, les troubles intestinaux ou une vue défaillante.

 

L’Aconit Napellus est simplement la plante la plus toxique que l’on puisse trouver en Europe. Il est affublé de petits noms charmants du style Capuce de moine, Casque de Jupiter ou Tue-loups…

 

Cicuta Virosa est le nom virevoltant de la ciguë; nul besoin de rappeler ses effets sur Socrate.

 

La Brione blanche, si toutes ses parties sont toxiques, servait néanmoins à calmer fièvres et rhumatismes.

 

Herbe aux fous, pomme-épineuse, herbe du diable, endormeuse, pomme-poison, les surnoms de la Datura laissent présager de ses effets hallucinogènes et délétères. Mais elle servait à soulager l’asthme, et faisait office de puissant anesthésiant.

 

La valériane a des propriétés sédatives et anxiolytiques, encore utilisées aujourd’hui…

 

Surnommé Bois Joli pour tromper son monde, le Daphne Merzereum commence par provoquer une dermite fort désagréable avant de vous étouffer jusqu’à complète asphyxie…

 

Le ricin quant à lui, si son huile permet de soigner les plaies, vous mène devant Saint Pierre si l’envie vous prenait de picorer ses graines.

 

Le colchique d’automne, sous ses allures d’innocent crocus, tue à coup sûr qui le goute. Mais en cataplasme, il était utilisé pour soigner la goutte.

 

L’Atropa Bella, ou belladone, était à la fois utilisé comme cosmétique (une goutte dans les prunelles, et vos pupilles dilatées vous donneront un oeil de biche, d’où son nom délicieux), médicament (contre les maux d’estomac) et poison (fort prisé des empereurs romains)


 

Sans que l’on sache à qui pareil arsenal appartint jadis, l’objet fait désormais partie d’une collection privée, après avoir été mis aux enchères en Allemagne il y a une dizaine d’années, et adjugé pour la modique somme de 5200 €.


via BookAddiction