États-Unis : l'héritage culturel amérindien à l'épreuve du domaine public

Antoine Oury - 10.02.2020

Patrimoine et éducation - Patrimoine - heritage culturel amerindiens - etats unis amerindiens - bibliotheque congres


Aux États-Unis, plusieurs tribus amérindiennes s'opposent formellement à la mise en ligne de documents, dont des photographies et des enregistrements, portant sur leurs us et coutumes. Les représentants amérindiens dénoncent une mainmise sur leur héritage culturel : ces documents ont été prélevés au cours d'expéditions d'anthropologues et de sociologues, parfois sans l'accord des principaux intéressés.

Native American Headdress
(photo d'illustration, Rennett Stowe, CC BY 2.0)


La Bibliothèque du Congrès, établissement patrimonial des États-Unis, numérise petit à petit ses collections et en propose une partie en ligne, lorsque les documents rejoignent le domaine public et ne sont donc plus protégés par le droit d'auteur. Ainsi, chaque année, des milliers d'oeuvres, textes, photographies, enregistrements ou vidéos se retrouvent accessibles et exploitables librement par chacun.

Dans cette masse de document, des photographies de tribus amérindiennes, mais aussi des enregistrements sonores captés lors de cérémonies, provoquent aujourd'hui le courroux des Amérindiens et de leurs représentants. « Ils n'ont aucune idée de ce qu'ils ont entre leurs mains », indique ainsi Anne Richardson, cheffe de la tribu Rappahannock, dans l'État de Virginie. « Cela sonnera comme de la musique à leurs oreilles, mais pour les tribus, cela pourrait être sacré. »

La mise en ligne des documents numérisées n'éveille pas que l'intérêt des chercheurs et des curieux : elle réveille aussi des souvenirs douloureux et des blessures pas vraiment cicatrisées quant au sort réservé aux Amérindiens aux États-Unis.
 

Appropriation culturelle


Les photographies et enregistrements que la Bibliothèque du Congrès met peu à peu en ligne sont l'héritage laissé par des anthropologues et des ethnologues, dont les études n'étaient ni forcément bienveillantes, ni très respectueuses des populations visées. Selon les représentants des Amérindiens, les documents obtenus et enregistrés l'étaient souvent à l'insu des principaux intéressés.

« On trouve des chansons sur l'affliction ou l'envoi des morts vers l'au-delà de la vie, que les anthropologues n'avaient pas le droit d'enregistrer », précise Martin Saniga, membre de la tribu Saponi, à USA Today. La Bibliothèque du Congrès assure que la mise en ligne est légitime, puisque les documents étaient déjà disponibles sur place, dans son fonds, sans que les tribus ne se soient manifestées jusqu'à lors.
 
Au Sénat américain, un comité travaille justement sur les affaires relatives aux communautés amérindiennes, sous la vice-présidence du sénateur Tom Udall : « Toute décision relative à la communication publique d'informations culturelles d'une tribu devrait être prise après une consultation de gouvernement à gouvernement et après avoir obtenu l'accord de la tribu », estime-t-il, assurant qu'il va travailler avec l'établissement patrimonial.

Pour certains représentants des tribus amérindiennes, la publication de ces documents sans l'accord de celles-ci ne fait que poursuivre une histoire d'appropriation culturelle et de pillage : « Nous sommes une nation coloniale, voilà ce que nous sommes », conclut Josh Marshall, membre de la tribu Arapaho.


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