États-Unis : le manuel numérique boudé par le portefeuille des étudiants

Clément Solym - 06.07.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - États-Unis - manuels numériques - monétisation


L'arrivée des manuels numériques laissait espérer aux étudiants américains la possibilité de s'affranchir du prix astronomique des manuels papier, qui dépasse parfois les 200 $ l'unité. De quoi en refroidir plus d'un, alors que les prêts alloués aux étudiants pour payer leur frais de scolarité viennent d'aboutir à un endettement total de 1000 milliards de $, qui laisse craindre une crise similaire à celle de 2008, au moins dans les formes.


SFETT07_  021

Coloc' de révision (auteur : torres21



Et les bas de laine ont été tellement tournés et retournés qu'ils s'apparentent plus à des napperons, lesquels ne pèsent pas bien lourds lorsqu'il faut s'équiper en ressources pédagogiques, après paiement du loyer et tutti quanti. Une étude menée par Student Monitor révèle ainsi que sur les 1200 étudiants interrogés, seuls 20 % ont acheté des manuels numériques. Ces derniers pèsent d'ailleurs pour 9 % dans leur budget consacré aux manuels, loin derrière les livres papier d'occasion (45 %). Les manuels neufs comptent pour 31 % du budget.

 

Quel critère explique ce désaveu sévère de l'apprentissage numérique, alors même qu'il aurait du lever une partie de la charge financière qui pèse sur les étudiants ? Une autre étude menée par Coursesmart, pour lequel l'organisme a interrogé 500 étudiants sur les usages de leurs appareils mobiles. Une écrasante majorité d'entre eux possède un ordinateur (93 %), et une bonne moitié d'entre eux un smartphones (57 %). Dès que l'on passe aux tablettes et aux readers, les supports les plus adaptés à la lecture numérique, on tombe respectivement à 22 % et à un peu plus de 15 %.

 

De fait, les étudiants utilisent les manuels numériques, (d'après Coursesmart, 43 % d'entre eux), mais n'achètent pas. La consultation est logiquement ponctuelle, limitée aux cas où aucune autre solution ne se présente, ou aux seuls manuels disponibles gratuitement, mais qui seront probablement lus sur ordinateur. C'est la raison pour laquelle les recettes des manuels numériques, bien qu'utilisés par la moitié des étudiants, ne représentent que 3 % du marché pédagogique total.

 

Pour ceux qui crieraient au piratage, une étude Bowker, cette fois-ci menée auprès des étudiants britanniques, a montré que les jeunes adultes se tournaient plus volontiers vers l'offre gratuite légale (48 %) ou le prêt via une bibliothèque (38 %) laissant au piratage la seule catégorie « Autres », qui plafonne à 2 %.

 

Évidemment, les éditeurs ont du souci à se faire, avec une manne de revenus qui vont disparaître, entre l'occasion et les plateformes pédagogiques en ligne, accessibles gratuitement. À l'instar de la plateforme Boundless Learning, attaquée en justice par plusieurs éditeurs scolaires et universitaires pour infraction du copyright : Boundless Learning aurait « copié » l'organisation des chapitres... (voir notre actualitté)

 

En attendant le remplacement effectif du PC par des appareils mobiles plus adaptés à la lecture numérique que le simple smartphone, les éditeurs auraient tout intérêt à collaborer avec ces nouveaux entrants, et à mettre sur pied une monétisation qui n'impacterait que légèrement sur les possibilités financières des étudiants. Car si les étudiants ont déjà du mal à s'équiper en support, le contenu payant sera forcément délaissé. Et il est établi que le support adéquat favorise l'achat de contenus. (voir notre actualitté)

 

 

Les résultats de l'étude Student Monitor