Étudiants plagiaires : l'Université vous donne carte blanche

Clément Solym - 06.06.2012

Patrimoine et éducation - Scolarité France - thèses plagiaires - Université Paris 8 - Université Lille 3


Le maître de conférences à l'Université Paris 8 Jean-Noël Darde a publié sur son site Archéologie du copier-coller un article, éminemment dérangeant, qui révèle que plusieurs thèses mises en ligne sur le site de l'Atelier national de Reproduction des Thèses (ANRT) sont... des plagiats avérés. Le plus inquiétant ne réside pas là : tout le contenu pris en charge par l'ANRT est auparavant validé par les jurys et autres commissions universitaires, qui semblent finalement peu regardants sur la légitimité des travaux qui leur sont proposés.

 

Après une lecture attentive et pointilleuse de trois thèses incriminées, l'Archéologie du copier-coller est en mesure de présenter une liste exhaustive des « sources » joyeusement pillées par les auteurs plagiaires (l'une des thèses, avec passages surlignés, est disponible ici) : quand les passages ne sont pas recopiés mot pour mot, la construction est si alambiquée qu'elle ne laisse planer aucun doute sur l'artisanat du patchwork qui la sous-tend.


 

 

 

Or, malgré les manifestations répétées des auteurs plagiés, la Commission déontologie de l'Université Paris 8 n'a pas remis en cause sa décision initiale, qui « validait à 100% » les thèses incriminées. Par ailleurs, un article récent du Monde, écrit par Isabelle Rey-Lefebvre, pointait la lourdeur des procédures qui attendaient les auteurs plagiés revendiquant leur propriété intellectuelle : 55 % d'entre eux « n'ont pas essayé d'obtenir par refus d'une perte de temps, d'énergie ou d'argent. 28 % seulement dénoncent et 17 % restant inactifs, par peur ou manque d'informations », explique Michèle Bergadaà, professeure à l'université de Genève.

 

Sur l'ANRT, les textes composites étaient encore disponibles hier, pour un prix variant entre 20 € (version microfiches) et 70 € (version imprimée). Contacté par ActuaLitté, l'Atelier National de Reproduction des Thèses semblait tomber des nues : « Nous recevons les thèses des établissements universitaires, qui les valident et en établissent l'intérêt. » Recevant une bonne dizaine de milliers de thèses par an, l'Atelier se repose entièrement sur la Commission déontologique des universités : « Nous sommes un atelier technique qui n'a aucune prérogative sur le contenu des thèses » explique-t-on encore.

 

Joachim Schöpfel, Directeur de la Publication de l'ANRT, nous a fait part de son vif intérêt pour la question, et a laissé un commentaire sur l'article de l'Archéologie du copier-coller, dans lequel il promet « de retirer de notre catalogue les thèses concernées» (à l'heure de l'écriture de cet article, elles sont encore en ligne). « Nous allons essayer d'établir un circuit d'information et de veille pour éviter la diffusion de plagiats avérés par notre service » ajoute Schöpfel, qui rappelle également que « l'ANRT diffuse uniquement des thèses après validation ».

 

Les regards se tournent alors vers les institutions universitaires, et les différentes instances de contrôle, dont Archéologie du copier-coller révèle les conflits d'intérêts réguliers, mais aussi la singulière et récurrente tendance à se « couvrir plutôt qu'[à] affronter le plagiat ». Dans les cas où le plagiat est identifié, l'emprunteur sera puni, mais la thèse non retirée, malgré des condamnations par le Conseil National des Universités, ou même par le Conseil d'État.

 

Une Commission déontologie pour la Commission déontologie ? Il faudra trouver un autre nom, question de plagiat, tout ça...