Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Face au Brexit, les auteurs britanniques réclament plus de soutien du gouvernement

Laurène Bertelle - 02.05.2017

Patrimoine et éducation - A l'international - society of authors - société des auteurs royaume uni - brexit édition royaume uni


La Société des auteurs du Royaume-Uni a répondu fin avril au rapport du gouvernement sur l'avenir de l'économie britannique et les stratégies à adopter. Elle y replace le secteur de la création au centre des débats et aborde plusieurs sujets tels que le statut des freelances, la place des bibliothèques ou encore les conséquences du Brexit pour le marché de l'édition.


London Parliament

(TheFriendlyFiend, CC BY-SA 2.0)



Le 23 janvier 2017, le gouvernement britannique publiait un « green paper » (livre vert en français), rapport officiel qui regroupe un ensemble de propositions à discuter sur un thème donné, et qui invite les concernés à faire connaître leur avis. Le sujet ? « Construire notre stratégie industrielle », et, plus particulièrement, « une économie qui fonctionne pour tout le monde ».

Les propositions ont pour but d’améliorer le niveau de vie et la croissance économique en accroissant la productivité. Le gouvernement y mentionne notamment l’« économie créative », secteur qui regroupe tant l'édition que la musique ou les arts.

 

Trois mois plus tard, le 20 avril dernier, la Society of Authors du Royaume-Uni, qui rassemble une partie des auteurs du pays, publiait sa réponse officielle. Après avoir remercié le gouvernement de considérer l’économie créative comme un des cinq secteurs leaders du Royaume-Uni, le syndicat a souhaité enrichir le débat de quelques propositions et problématiques. 

Considérant que les créateurs sont à l'origine d’une industrie dynamique, il souhaite que les créateurs soient davantage soutenus par le gouvernement.
 

Renforcer la place des auteurs, des livres et de la création dans la société


Le but premier de la réponse du syndicat est de rendre ses lettres de noblesse à ses "creative industries" qui sont un pilier de l'économie, de rendre compte du rôle des membres de ce secteur dans l'industrie et la société, mais aussi des difficultés qu'ils rencontrent.

Et tout commence par l'éducation. La société des auteurs reconnaît bien évidemment que les compétences scientifiques et numériques, mises en avant par le rapport, sont primordiales pour le secteur économique.

Mais elle invite surtout à ne pas privilégier ces secteurs de connaissances au détriment de l’alphabétisation : « Il faut nous assurer que l’éducation est ouverte à tous, qu’elle couvre les STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et les compétences numériques, qu’elle améliore l’alphabétisation et les compétences de communication, qu’elle enseigne les arts créatifs, qu’elle nourrisse l’imagination, qu’elle ouvre l’esprit et qu’elle encourage le plaisir de la lecture. » Et cette éducation ne peut se faire, selon le syndicat, sans les bibliothèques, qui sont la porte vers « l'information, la culture et l'imagination ».

Par ailleurs, parce que les auteurs travaillent la plupart du temps seuls, la Society of Authors invite également le gouvernement à prendre davantage de mesures afin de protéger les freelances et aider au développement de leur micro-entreprise en facilitant les opportunités de formation, en revoyant le régime de taxe et le système de contrat équitable.

En effet, les auteurs doivent aujourd’hui de plus en plus faire face à des multinationales et des géants de l’édition, qui sont moins emprunts à négocier les contrats de travail, et qui mettent souvent l’auteur face à un ultimatum de type « à prendre ou à laisser ».



Marché international, liberté de mouvement des auteurs : le Brexit inquiète


Et pour que les créateurs puissent gagner justement les fruits de leur travail, la Society of Authors alerte sur l’importance d’un copyright fort. Elle rappelle que les différentes lois sur le copyright, au Royaume-Uni mais aussi en Europe, avaient été revues il y a quelques années pour s’adapter aux difficultés du 21e siècle. Aujourd’hui, elle invite le gouvernement à s’harmoniser avec les lois de l’Union européenne, et ce, malgré le Brexit, en nommant notamment la loi pour le copyright, mais aussi la plus générale « stratégie pour le marché unique numérique » qui permet les achats en ligne dans toute l’Union européenne.

Le syndicat britannique rappelle que l’édition anglaise est vitale pour l’économie du Royaume-Uni et fait part de ses craintes sur les conséquences que le Brexit pourrait avoir sur le marché. Il s’inquiète notamment de la façon dont le gouvernement pense maintenir ou remplacer le marché considérable que constitue l’Union européenne, et que les États-Unis ne pourraient remplacer. La crainte majeure est que le Brexit provoque une instabilité qui limiterait les prises de risques et les investissements dans les nouveaux talents et les nouvelles idées, entraînant ainsi une baisse de l’innovation.
 

L'espoir est de mise pour les libraires britanniques
 

La Society of Authors insiste également sur l’importance de la liberté de mouvement dans l’Union européenne, que ce soient pour les Européens au Royaume-Uni ou pour les Britanniques en Europe, car c'est cette liberté qui permet la diversité culturelle du pays. 
 

Enfin, elle rappelle à toutes fins utiles la nécessité que le secteur de l’économie créative reste ouvert à tous, indépendamment des questions de classes sociales, d’origine, d’âge, de nationalité, de sexe, d’orientation sexuelle ou encore de handicap. Restreindre l’accès à une catégorie de personnes, quelle qu’elle soit, serait un « gâchis de talent et de potentiel ».