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Faire des maths avec des migrants clandestins, ça donne l’algèbre ?

Victor De Sepausy - 16.09.2017

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - livre maths migrants - nathan éditeur exercice - migration exercice mathématique


C’est Pince-mi et Pince-moi dans un bateau, version manuel solaire. Mais les deux protagonistes ont été virés, et remplacés par des migrants. Et si l’histoire finit par piquer, c’est avant tout parce que le drame des vagues dramatiques d’immigration clandestine sert l’intérêt… d’un exercice d’arithmétique…


Migrant boat
Matt Brown

 

 

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour qu’un reporter pointe dans un tweet un bien étrange exercice de mathématiques. Certes, on n’y accède qu’avec des codes parents ou enseignants, mais tout de même, l’intitulé fait tousser.

 

« Des migrants fuyant la guerre atteignent une île en Méditerranée. La première semaine, il en arrive 100. Puis chaque semaine, le nombre de nouveaux arrivants augmente de 10 %. » Le sujet certes peut se prêter à de savants calculs – d’ailleurs certainement réalisés par les ONG qui sont réelement confrontées à l’accueil des migrants. Mais pour un exercice de maths, on aurait préféré le traditionnel robinet qui fuit.

 

Surtout en découvrant, dans la dernière question : « En déduire le nombre total de migrants qui seront arrivés dans cette île au bout de 8 semaines. Arrondir à l’unité. » Arrondir… D'autant que la photo d'illustration achève de mettre dans l'ambiance...

 

 

Les calculs d’hyperboles pour élèves de Terminale (section ES et L) pouvaient certainement trouver de meilleurs exemples. Parce que l’exercice n’est évidemment pas simplement hébergé sur le site internet de l’éditeur, Nathan Education, il se retrouve bien entendu dans un manuel. Les plus cyniques des internautes proposent alors de prendre en compte des variables : après tout, une augmentation de 10 % régulière n’est pas réaliste. Il faudrait prendre en compte les morts en mer par naufrage, etc.

Evidemment, on ne vas pas tarder à atteindre le point Godwin, mais l'exemple donné par l'internaute fait tout de même froid dans le dos.
 


Plus tard dans la journée, la maison a tenu à rappeler que son exercice visait à apprendre le calcul de la somme des termes d’une suite « dans le cas concret d’une augmentation régulière de population ». Mais quelle population, s’est ému internet. Et la maison de souligner : « Les programmes actuels encouragent la transdisciplinarité et l’ouverture sur d’autres thématiques. »

 

Il faudrait donc se tourner vers les précédents ministères de l’Éducation nationale responsables, dans leur volonté de transversalité, de faire aboutir à des exercices de ce genre. « C’est ce que nous avons souhaité appliquer dans cet exercice en prenant un exemple d’une population qui croît régulièrement en lien avec un sujet d’actualité : la question des migrants fuyant la guerre », affirme ainsi la maison.

 

Avant de conclure : « Néanmoins, nous comprenons que le choix de cette thématique ait pu heurter. Nous nous en excusons et nous engageons à modifier la thématique de l’exercice lors de nos prochaines publications. Notre vocation d’éditeur scolaire est de proposer des ouvrages de qualité à tous les élèves et de porter les valeurs de tolérance, de respect et d’ouverture sur le monde. »
 

mise à jour 17 / 09 : 


Bien entendu, une pétition n’a pas manqué d’accompagner le mouvement de protestation, mais celle-ci ne fait pas dans la finesse : elle demande en effet le pilon illico pour les ouvrages, avec une réédition remplaçant plus intelligemment le livre.

 

De plus : « Nous demandons, en guise de réparation pour atteinte à la dignité humaine, que les éditions Nathan fassent un don à l’association SOS Méditerranée d’un montant de 110 000 euros. » Nathan Education, faut-il le rappeler.

 

Enfin, que l’éditeur offre « 10 000 exemplaires d’ouvrages à des associations, des collectifs citoyens et des centres d’accueils pour permettre à toutes ces personnes exilées d’avoir à leurs dispositions des ouvrages qui puissent permettre d’avoir accès à la découverte de notre culture, de notre langue ».

 

Et pour faire pression sans aucun ménagement, la pétition menace de trouver des méthodes pour se faire entendre, et ce, en l’absence de « réponse concrète et positive [car] car nous ne comptons pas que se propage au sein de l’éducation nationale et chez les éditeurs scolaires des idées nauséabondes ».