Fréjus : le FN fait deux victimes, "les enfants et les artistes" (Fleur Pellerin)

Nicolas Gary - 30.07.2015

Patrimoine et éducation - Patrimoine - artistes travailler - accueil enfants - municipalité front national


L’opération Lire en Short, tournée vers la lecture et destinée aux plus jeunes, se déroule à Fréjus comme dans des centaines d’autres villes de France. Elle propose d’ailleurs pour la 9e année le kiosque L’ivre de Mer, qui s’est associé à la manifestation nationale. Des livres, albums et BD sont offerts à la lecture entre 9 h et 13 h, sur place – ainsi que Paris Plage peut le proposer. Mais pendant que certains lisent, d’autres ruminent les choix étonnants que la mairie veut imposer aux artistes qu’elle accueille.

 

Crédit Ville de Frejus

 

 

La municipalité Front national de Fréjus (Var) a pris des mesures qui ne manquent pas de faire tomber la foudre au milieu de l’été. Selon la décision du député-maire David Rachline, les artistes et artisans d’art hébergés dans des conditions financières préférentielles seront tenus de faire du bénévolat auprès des élèves de maternelle et primaire. Et ce, pour répondre à l’aménagement des rythmes scolaires.

 

Cité par Le Parisien, le député-maire expliquait en effet, lors du conseil municipal du 21 juillet dernier : « La ville finance en grande partie le loyer d’un certain nombre de ces dames et messieurs (...) Il y a un minimum de retour (...). Le débat va s’arrêter ici : soit cela se passe bien et tout le monde est d’accord pour participer, soit je mets un terme à cette histoire où l’on paye des loyers à tout le monde. Voilà donc c’est clair, comme cela je l’aurai dit publiquement. » Dont acte.

 

Pour Olivier Isselin, photographe d’art, tout devient totalement délirant : d’une part le travail bénévole, d’autre part, le fonctionnement même mis en place : « Ils veulent qu’on garde les enfants gratuitement ! » Et d’ajouter, auprès de l’AFP : « Le problème, c’est que nous ne sommes pas formés à l’accueil d’enfants aussi petits. Et comment s’engager de la sorte alors que nous devons souvent nous absenter pour participer à des expositions ou tout simplement faire notre travail ? »

 

Dans le cadre de l’accueil d’artistes et artisans d’art, la municipalité octroie dans la vieille ville des loyers à 2,5 € par mètre carré. Une aubaine, mais la convention d’occupation régissant ce principe arrivait à terme le 30 juin dernier. Le député-maire profiterait donc d’une fenêtre de tir pour en modifier les conditions, et imposer entre 16 h 30 et 18 h des « actions pédagogiques organisées par la ville ». 

 

Comme d'habitude, le FN "préfère la provocation"

 

Sollicité par ActuaLitté, le ministère de la Culture déplore, « comme à l’accoutumée, le comportement du Front national, qui préfère la provocation à la recherche de l’intérêt général. De la sorte, la mairie fait deux victimes : les enfants, et les artistes ». 

 

Pour Fleur Pellerin, « nous sommes dans des déclarations stigmatisantes, qui sont tout simplement nuisibles ». Depuis qu’elle est ministre, elle assure n’avoir « jamais rencontré d’artistes qui aient refusé de partager leur savoir-faire avec des publics ». Et si le maire « avait fait son travail pour proposer des activités, ou pris le temps de les élaborer en concertation avec les artistes, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». 

 

Des activités qui, d’autre part, doivent être mises en place dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires.

 

 

 

 

 

Ce que la mairie a, semble-t-il, très vite omis, c’est que l’accueil de ces artistes intervient dans le cadre du Circuit des métiers d’art de Fréjus. « C’est grâce à eux que la ville a obtenu le label Ville d’Art et d’Histoire – qui est, au passage, remis par le ministère de la Culture. Cela conforte la réputation touristique et les différents avantages pratiques qui y sont associés », indique la rue de Valois.

 

Les artistes, véritable ressource pour la ville

 

Sans ces artistes, la ville perdrait beaucoup, comme le note Emmanuel Bonnemain, avocat engagé par les artistes, qu’a interrogé l’AFP. « C’est grâce à ce circuit que Fréjus a le label de ville d’art et d’histoire, un label qui permet de classer l’office du tourisme en catégorie 4 étoiles et donc, sur les plages de la ville, d’obtenir le droit d’installer des installations démontables, mais qui ne sont en fait pas démontées. » 

 

Mairie

Mélanie, CC BY NC

 

 

Et s’il faut que ces derniers prennent en charge l’accueil des enfants, c’est certainement avec plaisir. Pour exemple, dans la ville de Puget-sur-Argens, située non loin, certains d’entre eux prennent part à des activités extrascolaires pour 25 € de l’heure. Sauf que cela se passe dans les écoles, sous la responsabilité du chef d’établissement. 

 

L’avocat est consterné : « Là, on leur impose une charge supplémentaire, puisqu’ils vont travailler bénévolement sur leur temps de création. Il est prévu aussi que les enfants soient accueillis dans les locaux des artistes. Mais qui va payer l’assurance et le matériel que les scolaires vont bien devoir utiliser ? »

 

"Vigilants et intraitables vis-à-vis du FN" (Aurélie Filippetti, mars 2014)

 

La ministre rejoint dans tous les cas le combat qu’Aurélie Filippetti avait entamé en mars 2014 – quelques mois avant son départ, certes – contre les mairies frontistes. Lors du Salon du livre de Paris, elle avait affirmé : « Nous serons vigilants et intraitables vis-à-vis du FN. Nous veillerons à la liberté de tous les acteurs culturels. » 

 

C’est que les mairies commençaient à faire leurs preuves, multipliant les « attaques très graves de la politique culturelle, avec des coupes dans les subventions et des atteintes à la liberté de programmation dans les théâtres ou bibliothèques. Des interventions des élus FN, il y en a des exemples innombrables », notait alors Aurélie Filippetti.

 

À cette époque, la réponse de Marine Le Pen ne s’était pas fait attendre : « Je trouve scandaleux qu’une ministre de la République s’attache comme ça à stigmatiser, en quelque sorte, quelques municipalités, qu’elle mettrait sous un contrôle particulier, sous tutelle ? Mais à quel titre, Madame Filippetti ferait-elle cela ? Car enfin, la démocratie a parlé, les maires ont été élus par leurs administrés ! À quel titre Madame Filippetti met sa casquette de contrôleur général, pour venir surveiller tout particulièrement ces municipalités ? »