Femme de lettre et de courage, Edmonde Charles-Roux est morte

Camille Cornu - 23.01.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Décès - Edmonde Charles-Roux


Le 7 janvier dernier, elle avait démissionné de l'Académie Goncourt pour raisons de santé, laissant son « couvert » à Éric-Emmanuel Schmitt. Hier, soir, Edmonde Charles-Roux s'est éteinte dans une maison de convalescence de Marseille, entourée de son petit neveu, Marcantonio del Drago. 

 


Edmonde Charles-Roux (Marcantonio del Drago, CC BY 3.0)

 

 

Membre de l'académie Goncourt de 1983 à 2016, elle avait présidé l'institution de 2002 à 2014. Elle n'en cèdera la présidence à Bernard Pivot qu'en 2014. Elle avait reçu le fameux prix pour Oublier Palerme (Grasset), en 1966. Elle venait alors d'être licenciée de chez Vogue pour avoir imposé une mannequin noire en couverture, et libérée en même temps de joug du journalisme, qui l'avait jusqu'alors retenu de publier ce roman, très critique sur le milieu du journalisme de mode. 

 

Au sein de l'Académie Goncourt, elle disait avoir toujours été dans la minorité, imposant rarement ses choix mais revendiquant quelques belles victoires, comme l'attribution du prix à Tahar Ben Jelloun : « On n'avait jamais couronné un écrivain maghrébin. Or, pour moi, c'est capital : encourager la francophonie en Afrique du Nord, c'est marquer des points contre l'intégrisme », confiait-elle à Télérama

 

Ses œuvres, parmi lesquelles Elle, Adrienne (Grasset, 1971) ou Stèle pour un bâtard (Grasset, 1980) sont traduites en une vingtaine de langues. Elle avait aussi écrit des scénarios et adaptations pour les ballets de Roland Petit, et est également connue pour ses récits-photos sur la vie de Gaston Deferre, son mari (L'homme de Marseille, Grasset, 2001) ou Coco Chanel (Temps Chanel, La Martinière/Grasset, 2004).

 

Infirmière volontaire pendant la Seconde Guerre mondiale, elle entra vite en résistance, et avait été faite Chevalier de la Légion d'honneur en 1945. En 2010, elle avait reçu la décoration de commandant de la Légion d'honneur et avait été élevée à la dignité de grand officier en 2013. 

 

Sur RTL, Jean d'Ormesson a commenté la disparition de sa consoeur : « Je commence à assister à la mort de beaucoup de mes amis : Glucksmann, Béart, et maintenant Edmonde Charles-Roux qui était une femme évidemment remarquable ! Elle avait collaboré à la rédaction des Rois Maudits avec Druon, et surtout elle était un écrivain de premier plan. Personne n’a oublié son livre Oublier Palerme. Elle avait joué un rôle considérable au Goncourt qui maintenant vont se sentir affligés comme tout le monde. Toutes ces ombres, ça fait beaucoup d’absence ! »

 

« Résistante durant la guerre, elle le fut toute sa vie. Edmonde Charles-Roux a toujours œuvré, comme son mari Gaston Defferre, à la lutte contre les inégalités et les injustices. [...] Femme de lettres et de courage, elle ne cessa d'être les deux à la fois » a salué Fleur Pellerin en lui rendant hommage.