Fin de partie pour la machine à écrire en Angleterre

Clément Solym - 21.11.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - London Science Museum - Brother - Machine à écrire


La firme japonaise Brother vient de mettre fin à sa production de machines à écrire dans l'usine de Wrexham. La dernière sortie de la fabrique s'est rendue directement au London's Science Museum. L'usine va maintenant se consacrer essentiellement au recyclage de cartouches d'imprimante, une activité un peu moins glorieuse, il faut bien l'avouer.

 

Rowan Oak, Home of William Faulkner

 La machine de Faulkner, G. J. Charlet III, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

La demande était si peu élevée que l'entreprise a décidé d'arrêter définitivement cette branche de sa production. Pas de scoop, c'est le développement croissant de l'ordinateur qui a été fatal à la machine à écrire Brother CM1000 electronic. Ce modèle était fabriqué dans l'usine anglaise depuis 1985. Près de 6 millions de machines ont été produites entre cette date et aujourd'hui, ce qui est tout de même un beau score.

 

C'est un certain Edward Bryan qui a fabriqué l'ultime machine, en assurant pouvoir en construire une en 18 minutes et 40 secondes les yeux fermés. Il travaille dans l'usine depuis 1989 et a exprimé sa tristesse à la BBC ainsi que sa fierté d'avoir été le dernier à fabriquer cet objet légendaire.

 

Le musée de la science à Londres souligne quant à lui l'importance que représente l'arrivée de la machine parmi sa collection qui compte déjà près de 200 modèles. Rachel Boon qui s'occupe au sein de l'institution des technologies et vient de mettre un point final à la collection, estime que cet objet « permettra de raconter comment la technologie a évolué en accord avec nos besoins en communications. »

 

En effet, la première machine à écrire date de 1830, inventée par l'Américain William Burt. Elle connaît un succès commercial à partir des années 1870 quand la fameuse société Remington commence à les produire en masse. Du coup, on se rend compte qu'il y a peu d'objets techniques qui ont connu une telle longévité : 180 ans tout de même ! Face à l'obsolescence programmée des machines d'aujourd'hui (téléphonie mobile en tête), cela a de quoi laisser rêveur.

 

S'ajoute à cela l'affection qui entoure cet objet, témoin de l'écriture de nombreux chefs-d'œuvre littéraires. La machine à écrire était devenue la compagne de tous les artisans des mots : « Sur ma Remington portative j'ai écrit ton nom Laetitia… c'est ma douleur que je cultive en frappant ces huit lettres-là » chantait Gainsbourg.

 

Mais que les écrivains à l'ancienne se rassurent. La machine à écrire n'est pas tout à fait morte. La demande est encore suffisamment importante aux États-Unis pour que Brother décide de poursuivre sa production en Asie. Vous pouvez donc continuer à faire de la résistance si vous le souhaitez.