Formation des enseignants : une réforme 'intrinsèquement universitaire'

Clément Solym - 19.07.2009

Patrimoine et éducation - Programmes officiels - formation - enseignants - réforme


Du travail pour ce week-end, Luc Chatel en aura son lot puisque la commission Marois-Filâtre, qui devait remettre à Xavier Darcos son rapport sur la formation des enseignants, l'aura finalement donné à son successeur. Au cours d'un rendez-vous vendredi après-midi, William Marois et le président Daniel Filâtre, les deux co-présidents de la Commission nationale de concertation sur la réforme du recrutement et de la formation des maîtres ont pu présenter leurs conclusions au ministre.

On se souvient que la formation des professeurs fut l'un des nombreux moteurs de l'insurrection qui gronda des mois durant dans les rangs des étudiants, notamment avec le départ, en juin, de la Conférence des présidents d'universités. Bien évidemment, quand il fallut sonner le rappel des troupes, cette dernière se rangea du côté du gouvernement, affirmant que finalement, « il y a beaucoup d'inquiétudes qui sont souvent des inquiétudes excessives ».

Une série de quinze propositions a été remise au ministre qui examinera donc un rapport préconisant une vision « intrinsèquement universitaire » de la réforme afin de revaloriser le métier. Valérie Pécresse, présente durant cet instant solennel, a également salué le travail réalisé, affirmant avec Luc Chatel tout l'intérêt de cette réforme, destinée à « l’amélioration de la formation des futurs enseignants », précise un communiqué du ministère. Et de tous deux valident que celle-ci doive « reposer sur un référentiel des compétences des maîtres réactualisé ».

Sauvons l'université dresse une liste de différents points soulevés :
  • amélioration de la formation des futurs enseignants en vue d’une plus grande qualité professionnelle et dans le respect d’une dimension universitaire, articulant exigences scientifiques et professionnalisation, et revalorisation de la fonction enseignante.
  • intégration à trois niveaux : formation disciplinaire et formation professionnelle ; préparation du concours et du master ; savoirs disciplinaires liés aux enseignements et savoirs scientifiques liés à la maîtrise d’un champ disciplinaire.
  • inscription des masters dans un cadrage national qui définit les référentiels de formation au niveau global et par discipline, qui garantirait les mêmes règles pour toutes les universités et préserverait l’égalité des chances pour les étudiants. Les concours doivent également conserver leur caractère national.
  • définition d’un référentiel de formation qui repose sur la meilleure intégration possible des quatre blocs de compétences retenus : savoirs, connaissances et savoir-faire spécifiques nécessaires à l’enseignement de la discipline ; savoirs didactiques et maîtrise des éléments (principes, méthodes, outils) intervenant dans leur transmission ; maîtrise des compétences disciplinaires et méthodologiques nécessaires à l’évolution et l’approfondissement des compétences enseignantes ; savoirs et compétences nécessaires à une claire perception de l’environnement institutionnel et social dans lequel s’inscrivent les missions de l’enseignant.
  • nécessité de concevoir des architectures de master et de concours distinctes selon les types de métiers et selon les grands champs disciplinaires : formation et concours PE, formation et concours PLC ALLSHS (dont CPE et Doc), formation et concours PLC sciences et techniques, formation et concours PLP, formation et concours professeurs agrégés – ceci dans un cadrage général assurant l’unité de la formation des enseignants et n’instaurant pas de hiérarchie entre les différents métiers de l’enseignement et de l’éducation.
  • place des épreuves du concours située de manière à ne pas affaiblir la qualité de la formation de master. Deux hypothèses proposées : admissibilité en fin de M1 et admission en fin de M2 ; admissibilité et admission en fin de M2.
  • contenu du concours repensé : meilleurs intégration du concours dans la formation de master en raison de la concomitance de la formation et du concours et de la différence fonctionnelle de l’une et de l’autre. Instauration d’épreuves composites dans les concours (épreuves relevant de plusieurs blocs de compétences du référentiel de formation) ou d’épreuves qui ne contrôlent pas seulement des acquis déjà vérifiés dans le cadre de la formation de master, ou d’épreuve(s) s’appuyant sur un travail personnel réalisé lors du master.
  • besoin d’assurer « des débouchés professionnels aux recalés au concours.
  • prise en compte de l’unité de la profession enseignante et de ses valeurs et de la spécificité des différents métiers et de leur contexte d’exercice.>
  • nécessité, lors de la formation initiale, lors de l’année de formation continuée et à certains moments de la carrière de l’enseignant, d’un lien entre la recherche et l’enseignement quels que soient les niveaux et les lieux d’exercice, les publics et les disciplines enseignées.
  • mise en place de stages encadrés et accompagnés, respectant les principes réglementaires notamment en termes de gratification, intégrés dans les cursus sans les alourdir, et prenant en compte la diversité des situations des étudiants.
  • renforcement des bourses au mérite et à caractère social pour les étudiants s’inscrivant dans les masters métiers de l’enseignement ; allocation aux candidats les plus méritants, pour démocratiser l’accès aux métiers de l’enseignement.
  • besoin de considérer les universités et leurs composantes, engagées depuis de longues années dans la formation des enseignants, non comme des « opérateurs de la réforme », mais les associer à sa définition et à sa mise en œuvre.
  • nécessité de renouer une véritable concertation entre tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, et de l’éducation nationale.
Enfin, en cas d'échec pour les concours au Capes ou l'agrégation, les étudiants se verraient ouvrir des débouchés autres - il était temps ! Des stages nouveaux apparaîtraient également, qui ajouteraient « l'initiation et la participation à la recherche », au cours de cette formation.