Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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Le collectif SavoirsCom1 a constitué cette année encore un calendrier de l’avent du Domaine public, réunissant des auteurs dont les œuvres ne seront donc plus soumises au droit d’auteur. Ce jour, pour accompagner cette redécouverte, c’est le dessinateur Francisque Poulbot qui est mis à l’honneur. La biographie est signée Xavier Inghilterra. Poulbot, Poulbot... Bon sang, mais c’est bien sûr ! 

 

 

 

Voici le destin singulier de Francisque Poulbot, peintre et illustrateur né à Saint-Denis le 6 février 1879 et mort à Montmartre le 16 septembre 1946. Durant sa vie, l’artiste a publié une multitude d’illustrations, dont une majorité à vocation publicitaire, qui mettent en scène ces enfants « poulbots » que l’on trouve à présent dans le dictionnaire des noms communs.

 

Les « poulbots » sont à l’effigie des titis parisiens, ces gamins des rues ou le Gavroche immortalisé dans Les Misérables par Victor Hugo. Durant la Grande Guerre, Francisque Poulbot s’était distingué en dessinant les personnages de Nénette et Rintintin sur des affiches ou des cartes postales patriotiques. Cet épisode lui vaudra d’être assigné à résidence durant l’occupation.

 

Mais revenons sur le parcours de cet illustrateur et affichiste d’avant-garde. Poulbot est l’ainé de sept enfants, issu d’une famille d’instituteurs picards. Il étudie au lycée Rollin mais doit vite se rendre à l’évidence : il est plus attiré par le dessin que par les études. Il vit à Saint-Ouen où il fréquente les « fortifs », ancien mur d’enceinte démantelé, et traîne dans le « maquis », bidonville où vivent nombres de crève la faim. C’est cette misère que Poulbot dessine et qui fait l’objet d’une première publication dans « Le Pêle-Mêle » en 1895.

 

En 1900, il rencontre celle qui deviendra sa femme, Léona. En 1901, libéré du service militaire, le couple s’installe à Montmartre. Ses créations paraissent dans des journaux humoristiques comme « Le Rire » et « l’Assiette au Beurre » ou sur des affiches. En 1903, il illustre « Poil de carotte » de Jules Renard. Poulbot connaît bien le quotidien de ces enfants démunis et mal aimés qu’il a côtoyés dans le maquis de Montmartre.

 

Avec le graveur Eugène Delâtre (1864-1938), maître s’il en est un de l’eau forte, Poulbot apprend les techniques de la gravure. En 1914, il est mobilisé sur le front comme de nombreux français mais sera réformé un an plus tard. L’artiste se consacre alors à la propagande patriotique en publiant des affiches parfois acerbes sur les « boches ». Dans ses créations publicitaires les plus célèbres, l’artiste met en scène le confort de vie procuré par un poêle à bois à des enfants défavorisés (publicités Salamandre, Chaboche, Mirus...).

 

On connaît moins en revanche celles que l’artiste a consacré aux produits pharmaceutiques à l’instar d’Anaquintine Lescène, sirop contre la toue, Gaduase, l’huile de foie de morue parfumée à la framboise, Lenticide, produit anti poux qui figure dans l’Almanach François de 1939, ou les Pastilles Salmon pour maux de gorge illustrant celui de 1940.

 

Outre la création de personnages devenus fétiches, Poulbot a grandement contribué à la vie montmartroise. En 1920, avec le concours de ses amis Adolphe Willette, Louis-Henri Forain et Maurice Neumont, il créa la « République de Montmartre » pour venir en aide aux enfants défavorisés. Le 30 septembre 1920, il est nommé chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur par décret du Président de la République sur le rapport du Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts (J.O. 2 oct. 1920, p. 14.619) :

 

« Poulbot (Francisque-Louis-Gustave), dessinateur. A, pendant la guerre, consacré son talent à l’exaltation du sentiment patriotique. S’est attaché à mettre en relief, sous les traits les plus heureux le dédain du danger dans la population de tout âge et de toutes conditions ; a su ainsi, aux heures les plus difficiles, apporter un soutien moral à l’esprit public. Auteur de remarquables affiches pour les œuvres de guerre. » (p. 14.626).

 

 

 

En 1923, il ouvre un dispensaire rue Lepic destiné à accueillir des enfants de Montmartre vivant dans la misère. A cette époque, le quartier n’a pas la superbe qu’on lui connaît aujourd’hui : des ruelles en terre et des bicoques en bois sur terrain vague sont aussi l’histoire de la Butte. Durant les vingt dernières années de sa vie, Poulbot se consacre aux mal logés et aux enfants déshérités. Il lutte contre le lotissement d’un des derniers terrains vagues à l’angle de la rue Saint-Vincent et de la rue des Saules. Il suggère alors de replanter les vignes qui poussaient à Montmartre par le passé aux Dames de l’Abbaye.

 

 

Calendrier de l'avent du Domaine public : demandez l'édition 2017 

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, Poulbot est un homme usé que la vieillesse et la maladie obligent à demeurer cloîtré chez lui en fauteuil roulant. Il meurt en 1946 et est inhumé à Montmartre. Ainsi, les œuvres de Poulbot feront leur entrée dans le domaine public au 1er janvier 2017.