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Géométrie des lettres et expériences dadas : la revue et le mouvement De Stijl

Antoine Oury - 22.12.2016

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Indéniablement, le graphisme de la première partie du XXe siècle sera placé sous le signe des innovations allemandes et suisses en la matière. Mais, en amont de ces mouvements d'avant-garde, on retrouve une figure venue des Pays-Bas qui influencera les artistes de ces pays : le poète, architecte et peintre Theo Van Doesburg, qui prit la tête du mouvement De Stijl avec la revue du même nom.

 

Couverture du numéro 1 de De Stijl, octobre 1917. Emblème par Vilmos Huszar.

 

 

Si l'Histoire des arts graphiques a plus facilement retenu le Bauhaus, ce dernier a plongé ses racines dans le mouvement De Stijl, créé avec la revue correspondante en 1917 à l'initiative de trois hommes, Theo Van Doesburg, son collègue artiste-peintre Piet Mondrian et l'architecte Jacobus Johannes Pieter Oud. D'ailleurs, si les créations graphiques du mouvement semblent si familières, c'est parce qu'elles sont très proches des compositions de Mondrian, et vice-versa.

 

Particulièrement intéressés par les mathématiques et la géométrie, les membres du mouvement De Stijl considèrent que cette dernière est non seulement « utile dans la création artistique », mais qu'elle relève de la « nécessité absolue » depuis leur perspective, soulignait l'architecte Hendrik Petrus Berlage. Theo Van Doesburg, Piet Zwart ou Jan Wils, à la fois dans leurs travaux d'architectes et de graphistes, n'oublieront pas ce principe en utilisant essentiellement des éléments rectangulaires pour leurs compositions.

 

 

Piet Mondriaan, 1921 - Composition en rouge, jaune, bleu et noir.jpg
Piet Mondrian, Composition en rouge, jaune, bleu et noir, 1926

 

 

Comme d'autres revues de l'époque, De Stijl est essentiellement composée de textes, signés par les membres du mouvement pour susciter la discussion et faire progresser les recherches. Quelques photographies d'intérieur sont proposées, en noir et blanc, ainsi que des reproductions d'oeuvres ou des croquis d'architectes.

 

La première maquette de De Stijl et son logo, réalisé à l'aide de filets en plomb d'imprimeur à l'origine destinés à séparer les différentes parties d'un texte, reflètent la recherche de simplicité et d'harmonie du mouvement De Stijl, non sans évoquer une certaine austérité. 

 

La poésie visuelle de Theo Van Doesburg, en 1920

 

 

Une impression battue en brèche si l'on observe une anthologie de poésie visuelle signée I.K. Bonset, le psuedonyme de Theo Van Doesburg pour ses créations dadas (ik ben zot signifiant en néerlandais « je suis fou »), en 1920 : la géométrie ne signifie pas rigidité, et des compositions plus fantaisistes, éclatée, en cercle ou en diagonale, apparaissent. D'autres membres de De Stijl se prêteront au jeu, comme le Soviétique Lazar Lissitzky et Piet Zwart. Loin d'être fermés aux innovations, les mêmes se jetteront tête baissée dans les nouvelles possibilités offertes par le photogramme dans les années 1920.

 

C'est à partir de 1921 que Theo Van Doesburg donnera des cours et des conférences à l'école du Bauhaus de Weimar, avec une influence remarquable sur le travail des élèves (et parfois des professeurs). 

 

En 1931, la revue disparaît avec Theo Van Doesburg, frappé à 47 ans par une attaque cardiaque.

 

La revue De Stijl ne lui survit pas, mais il est possible de consulter un certain nombre de numéros, numérisés, sur le site web de l'université de l'Iowa.