George Sand, une clef dans la compréhension de notre modernité

La rédaction - 28.08.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - George Sand - Simone Balazard - collectif écrivaine


En France, tout le monde connaît George Sand, mais personne ne l'a vraiment lue. C'est vrai de beaucoup d'écrivains. Particulièrement des romanciers, depuis que les feuilletons n'existent plus. C'est que c'est long, un roman. Et particulièrement un roman du XIX ° siècle. Il faut s'y plonger, perdre pied, oublier le présent. Imagine-t-on cela dans notre monde hyperconnecté où couper son portable est durement ressenti ?

 

 

 

 

Cependant on éprouve, à lire George Sand, un bonheur particulier que peu d'auteurs procurent. C'est une femme bienveillante, qui n'a pas sur le monde un point de vue pessimiste et ne pense pas que le noir soit le signe de la vérité. Nous ne sommes pourtant pas dans une littérature rose bonbon pleine de bons sentiments. Mais il n'y a pas que des hommes vicieux, des femmes écervelées, des riches égoïstes et des pauvres alcooliques. Ou s'ils le sont, on nous permet de comprendre comment ils le sont devenus. Et comment et pourquoi ils pourraient changer. Rien n'est taillé dans le marbre, tout évolue, ce sont nos frères et nos sœurs, du haut en bas de la société.

 

Son destin d'écrivain a quelque chose d'unique. Elle entre en littérature un peu par hasard, parce qu'elle a besoin d'argent, voulant vivre séparée de son mari, et découvre assez vite que, parmi ses talents, celui d'écrire sera le plus immédiatement rémunérateur. Rose et Blanche, écrit à quatre mains avec Sandeau, plaît beaucoup. Elle écrit seule Indiana, et c'est aussitôt la reconnaissance. George Sand est née. Elle ne s'arrêtera d'écrire qu'à sa mort, quarante ans plus tard, sans avoir jamais cessé de publier et d'être tenue pour incontournable.

 

Pas de débuts difficiles comme Balzac, pas de peine à se faire reconnaître, comme Flaubert, un grand succès public, une estime de ses pairs et cela à l'international ; bien sûr de la jalousie, bien sûr des médisances, mais aussi beaucoup d'admiration, de respect, d'étonnement, devant une production aussi fournie, aussi longue et d'une telle qualité stylistique et humaine. C'est rare, surtout pour quelqu'un qui n'est pas poète et ne bénéficie donc pas de la séduction particulière à la poésie : faire que l'on retient par cœur, que l'on récite, que l'on partage un texte court, mais beau, émouvant, drôle... 

 

Entre le centenaire de sa mort en 1976, et le bicentenaire de sa naissance en 2004, la fortune de l'œuvre a tout de même progressé. D'abord, il y a eu la parution de la Correspondance générale, sous la direction de Georges Lubin, qui a fait énormément pour la gloire de Sand. Et puis diverses associations se sont créées : Présence de George Sand à Échirolles ; Les Amis de George Sand au Musée de la Vie romantique ; aux États-Unis la George Sand Association avec sa revue annuelle : George Sand Studies. Des colloques se sont tenus, en France, en Italie, en Irlande, aux États-Unis, au Japon, et les Actes de ces colloques ont paru, enrichissant notre connaissance de cet écrivain majeur du XIX ° siècle.

 

 

 

 

"Lisez George Sand, vous ne le regretterez pas"

 

Ces dernières années, le mouvement s'accentue : son œuvre complète, dans une édition savante et soignée, a commencé de paraître chez Honoré Champion, sous la direction de Béatrice Didier. De très nombreuses représentations théâtrales ont montré la femme, l'amoureuse, la musicienne dans un dialogue avec Musset, Chopin, Flaubert, Mérimée... Un atelier de lectures sandiennes fonctionne depuis une vingtaine d'années au Musée de la Vie romantique, longtemps animé par Anne Chevereau, qui nous a restitué les précieux Agendas que Sand écrivait avec son compagnon, le sculpteur Manceau. Bref, il ne manque plus à George Sand que d'être lue par tout le monde comme elle le souhaitait : c'est devenu possible grâce à internet et à de nombreuses rééditions de ses œuvres. 

 

Pour écrire ce livre qui porte seulement sur les romans, nous avons suivi l'ordre chronologique : de Rose et Blanche, le premier en 1831, à Nanon, qui n'est pas le dernier puisqu'il est de 1872 et que, jusqu'à sa mort en 1876, elle écrira encore quatre romans et demi et des articles, des contes... Notre fil d'or était celui des lieux, aussi divers que possible, allant des Pyrénées à la Suède en passant par la Bohême, la Provence, Paris, et bien sûr Venise et l'Italie, les Baléares, le Berry. Les lecteurs et lectrices sont très divers, par l'âge, la formation, la familiarité avec l'œuvre sandienne, très forte ou quasiment nulle. Et ils habitent les quatre coins du monde : Vancouver ou Moscou, Berlin ou Biarritz, Lyon, Paris, la Touraine ou les Landes...

 

Notre public : ceux qui aiment George Sand, mais n'ont peut-être pas lu certains des livres dont nous parlons ; ceux qui les ont tous lus et d'autres encore, et le théâtre et la fabuleuse Histoire de ma vie, mais seront contente de confronter leur opinion à celle de nos auteurs, et tous ceux qui n'ont lu d'elle qu'un ou deux ouvrages, souvent dans leur prime jeunesse, et en ont un souvenir assez flou, parfois bon, parfois mitigé. 

 

À tous ceux, et toutes celles bien sûr, qui s'intéressent à la musique, au théâtre, à la politique, à la religion, à la philosophie, à la botanique, à la minéralogie, à la peinture et aux arts mineurs comme la mosaïque ou les marionnettes ; à celles et ceux qui s'intéressent à l'industrie, à la paysannerie, à l'art d'écrire, à la courtisanerie, à la noblesse, à la république, à la médecine, aux oiseaux, et finalement à la vie, on ne peut recommander qu'une chose : Lisez George Sand, vous ne le regretterez pas. Cette femme a connu tout le monde, elle a toute sa vie réfléchi et rêvé sur ce Nouveau Monde en train de se faire, elle a écrit des textes majeurs qui ont produit des effets dans le réel. C'est une clé pour le XIX ° siècle, où notre modernité s'enracine.

 

Simone Balazard,

Lire George Sand (sous la direction de Mme Balazard)

septième livre de la collection Femmes artistes du Jardin d'Essai