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Halloween : se faire peur avec des illustrations horrifiques

Antoine Oury - 29.10.2020

Patrimoine et éducation - Patrimoine - dessin horreur - dessin monstres - estampe peur


Le mois d'octobre est toujours synonyme de frayeurs, recherchées ou subies... Mais il n'y a pas que les déguisements ou les films d'horreur pour se faire peur, ou une pandémie : quelques textes ont su à merveille nous faire frissonner. Mais une illustration répugnante, un dessin horrifique ou une estampe suggestive sont toujours les bienvenus... À l'occasion d'Halloween, voici notre petite sélection en la matière...



Halloween dans sa forme moderne est une fête assez récente, évidemment. Mais cohabiter avec les morts, ou plutôt la mort, est une préoccupation centenaire. La danse macabre devient ainsi un véritable genre artistique à la fin du Moyen-Âge, utilisée tantôt pour moquer la vanité humaine, pour dédramatiser et habituer à la mort ou encore à des fins de critique politique et sociale.

On trouve sur Gallica de fameux exemples de ces danses macabres, notamment un manuscrit du XVe siècle, sur vélin, qui propose plusieurs planches illustrées montrant des responsables religieux ou politiques accompagnés par un squelette pas franchement très frais...

D'autres exemples sont visibles sur Gallica, notamment le Miroir salutaire, remontant à 1486, qui présente des illustrations en noir et blanc, cette fois, et une bande de macchabés musiciens... Ces textes si particuliers s'adaptaient à leurs lecteurs cibles, en témoigne cette Danse macabre des femmes, datée de 1491...



Les cartes médiévales font apparaître sans honte différents monstres, dans des lieux inexplorés ou sujets de rumeurs et de légende. Cette mode qui allie exotisme et légendes horrifiques se retrouve au XIXe siècle, avec le développement de la presse et de l'impression à plus grande échelle. Un recueil, intitulé Monstres et animaux fabuleux, publié entre 1837 et 1846, propose quelques exemples.

Tremblez devant le « poisson-monstre », créature cornue au visage d'homme, aux oreilles d'âne, dotée d'ailes de chauve-souris, couverte d'écaille et munie de deux queues, dont l'une se termine sur un dard venimeux... Cette bestiole aurait été capturée « sur les bords du lac de Fagua, au royaume de Santa-Fé, province du Chili, au Pérou ». Elle a depuis, semble-t-il, disparu...

Au XIXe siècle toujours, le succès des contes d'Edgar Allan Poe suscite une nouvelle vague d'intérêt pour l'horreur et le macabre. Et plusieurs artistes se proposent de donner corps aux visions provoquées par les récits de l'écrivain américain : citons notamment Gustave Doré, qui illustre Le Corbeau, ou Édouard Manet, qui interprète visuellement la même nouvelle.

Difficile de faire l'impasse, lorsque l'on évoque l'horreur illustrée, sur Francisco de Goya : le peintre et graveur s'est imposé comme un maître en la matière, en témoigne son seul terrifiant tableau Saturne dévorant un de ses fils, peint dans les années 1820. Dans Los Caprichos (Les Caprices), il propose de dépeindre la vanité et les travers de ses contemporains, mais dérive dans une seconde partie vers l'étrange et le dérangeant. Difficile de rester de marbre...

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Dessinateur de presse et peintre français, Jean Veber signe quelques scènes horrifiques, parfois teintées d'un aspect comique assez plaisant, comme Les Sorcières (ou Tandem). Il réalisera un grand nombre de portraits d'écrivains, signant notamment une saisissante (et effrayante) représentation de la psyché de Baudelaire pour une édition des Fleurs du Mal. Il est connu pour ses estampes d'une autre horreur, la Grande Guerre, à laquelle il participera en tant que soldat.
 

La Dame inexorable, Jean Veber, vers 1907

Pour poursuivre ce voyage dans les ténèbres, il est possible de se tourner vers des dessinateurs, illustrateurs et auteurs contemporains. Citons par exemple, du côté des Américains, Stephen Gammell, qui a notamment illustré Scary Stories in the Dark (Alvin Schwartz), Richard Corben, ou encore Bernie Wrightson. Plus proches de nous, Nicole Claveloux, Tanxxx ou encore les auteurs de la série Doggy Bags, du Label 619, sauront prolonger le cauchemar...
 
Réaction en chaîne - Nicole Claveloux - FIBD 2020
Réaction en chaîne - Nicole Claveloux



Commentaires
Depuis mars dernier, le coronavirus nous régale d'une danse macabre quotidienne. Celle du 31 octobre prochain atteindra un sommet esthétique inégalé puisqu'elle sera généreusement représentée dans notre monde entier. De plus, le spectacle sera gratuit, doué d'ubiquité et, de ce fait, satisfera riches et pauvres, jeunes et vieux.

Quelle aubaine et quelle économie! Plus besoin d'acheter des déguisements neufs - tous, nous avons nos vieux masques; les soignants sont les mieux grimés. Plus besoin d'envoyer nos gosses mendier méchamment des bonbons dehors - ils pourraient être infectés et, de plus, nous sommes reconfinés. Plus besoin de singer les coutumes festives tordues des USA; nous avons les nôtres, très sui generis et souvent dictées par notre art, bien français, de la rouspétance. Plus besoin de peindre ou dessiner des monstres - il suffit de zyeuter les portraits, immuables et monotones, de Covid-19 que nous larguent à outrance les médias et réseaux sociaux.



Franchement, les défunts et squelettes du moyen âge doivent grincer d'envie en pensant à nous. Même ceux qui sont morts de la peste...
Depuis mars dernier, nous bénéficions d'une danse macabre quotidienne, celle des victimes du coronavirus. Généreuse, elle se pratique partout sur la planète et s'offre gratuitement à tous, riches et pauvres, jeunes et vieux. Elle atteindra son apogée esthétique ce 31 octobre et surpassera tout Halloween - ou autre farce - en économie de moyens.



Preuves?

Plus besoin de gaspiller nos deniers en déguisements inutiles: nous nous parerons de nos vieux masques habituels et les soignants - les mieux grimés - feront fureur.

Plus besoin d'envoyer nos gosses mendier méchamment des bonbons dehors - ils pourraient être infectés - et, d'ailleurs, nous voici tous reconfinés.

Plus besoin de singer les coutumes festives étrangères; nous avons les nôtres, bien françaises, dictées par notre art accompli de la rouspétance.

Plus besoin de dessiner ou peindre des monstres comme autrefois: médias et réseaux sociaux nous larguent à profusion le portait immuable et monotone de Covid-19.



Les défunts et squelettes du moyen âge, s'ils pensent à nous, doivent grincer d'envie. Mêmes ceux que la peste emporta.
Ce deuxième petit texte (de 19h52) est un resucé du premier. Je l'ai commis car il m'a semblé que l'antérieur n'avait pas réussi à être posté. Suis allé gratter le sol spongieux de ma mémoire, y ai pêché des mots non peccamineux pour remplacer les mots "perdus".

Pardon pour la répète!
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