Histoire du livre audio : Cyrano de Bergerac, "un livre miraculeux"

Nicolas Gary - 09.06.2013

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On attribue à Léonard de Vinci d'avoir inventé le parachute et bien d'autres choses. Et, l'esprit corrompu par la pièce d'Edmond Rostand, on ne connaît de Cyrano de Bergerac que le triste amant de Roxane, condamné à l'ombre par le tendre Christian. Et finalement, on méconnaît les efforts d'imagination que le philosophe déploya pour tenter de s'envoyer dans la Lune.

 

 

 

Oeuvres de Cyrano de Bergerac

Edition Victor Lecou, 1855

A télécharger en version EPUB

 

 

À l'occasion de la présentation de la pièce L'autre Monde ou les états et empires de la Lune, qu'accueillait l'Athénée, adapté et mis en scène par Benjamin Lazar, qui livre une performance impressionnante, il faut rendre à Cyrano de Bergerac une nouvelle qualité. Celle d'avoir inventé le livre audio, sous une forme encore inédite. 

 

Alors qu'il découvre le peuple de ces gens extra-terrestres, et qu'on doit lui faire rencontrer un garçon dont le caractère impie scandalise, Cyrano fait un petit tour du propriétaire et découvre plusieurs boîtes.

 

Il me quitta en achevant ces mots, mais il fut à peine sorti, que je me mis à considérer attentivement mes livres et leurs boîtes, c'est-à-dire leurs couvertures, qui me semblaient admirables parleurs richesses : l'une était taillée d'un seul diamant, sans comparaison plus brillant que les nôtres; la seconde ne paraissait qu'une monstrueuse perle fendue en deux.

Mon Démon avait traduit ces livres en langage de ce monde, mais, parce que je n'ai point de leur imprimerie, je m'en vais expliquer la façon de ces deux volumes .

A l'ouverture de la boîte, je trouvai dans un, je ne sais quoi de métal presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles : c'est un livre, à la vérité; mais c'est un livre miraculeux, qui n'a ni feuillets ni caractères; enfin, c'est un livre, où, pour apprendre, les yeux sont inutiles : on n'a besoin que des oreilles. 

Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande avec grande quantité de toutes sortes de petits nerfs cette machine , puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et au même temps il en sort, comme de la bouche d'un homme ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent entre les grands lunaires à l'expression du langage.

 

Et l'on peut en découvrir un peu plus dans le chapitre 7 de son Histoire comique des États et Empires de la Lune :

Lorsque j'eus réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m'étonnai plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient davantage de connaissance à seize et à dix-huit ans que les barbes grises du nôtre ; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; dans la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, à pied, à cheval, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à l'arçon de leurs selles, une trentaine de ces livres dont ils n'ont qu'à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s'ils sont en humeur d'écouter tout un livre : ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes et morts et vivants qui vous entretiennent de vive voix.

 

Amusante perspective que des livres en mesure de se lire eux-mêmes, inventés à cette époque, comme des outils susceptibles de simplifier plus encore l'apprentissage et la vie. Machines complexes, reflétant la technologie d'alors, elles sont autant d'outils pour encourager à la découverte et partager la connaissance. Certains y voient également les prémices de la radiodiffusion, pourquoi pas ?

 

D'autres éditions sont disponibles à cette adresse.

 

 

Pour profiter d'un tout autre regard, plus intelligent encore, sur les inventions et les machines conçues dans cet esprit libertin, on pourra se plonger ici.