Holden Caulfield, l’anti-héros de L’Attrape-cœurs, naquit en Angleterre

Clément Solym - 15.02.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Salinger Attrape coeurs - Seconde guerre mondiale - soldat écriture


D’un côté, les Cornouailles, de l’autre, le Dorset et le Somerset : le comté de Devon est bien entouré. Situé dans le sud-ouest de l’Angleterre, il abrita durant quelque temps le romancier JD Salinger. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le romancier, pur produit new-yorkais, a passé trois mois dans la ville de Tiverton. Laquelle lui aurait inspiré les pages de The Catcher in the Rye.

 

 

 

Holden Caulfield, le protagoniste incarnant la jeunesse américaine désabusée, blasée et en révolte contre un monde incompréhensible, aurait bien été sculpté... dans les paysages britanniques. Salinger lui-même aurait laissé quelques indices permettant de retracer cette inspiration. 

 

Alors âgé de 25 ans, le sergent Salinger est un écrivain débutant, et compte parmi les milliers de soldats américains qui attendent le débarquement. Le D-Day, prévu pour le printemps 1944, est long à venir. Alors basé en Angleterre, Salinger continue de noircir du papier : au cours de cette période, il commence à décrire les grands traits de ce que sera le personnage de Caulfield. Le tout en intégrant les traumatismes de sa propre expérience de la guerre.

 

C’est le biographe Mark Hodkinson qui explique tout cela, dans un nouveau livre consacré au romancier. « Salinger, tardivement, assurera à ses amis et l’Angleterre les a changés, lui et son écriture. » Quelque chose dans le décor autour de lui, le rythme de vie : tout l’incite à se montrer plus sympathique vis-à-vis de ses personnages, « y compris Holden Caulfield, l’anti-héros de L’Attrape-cœurs, sur lequel il travaillait déjà dans le Devon ».

 

Hodkinson a d’ailleurs rencontré Werner Kleeman, qui aujourd’hui a 96 ans, et réside à Flushing, à New York. Il avait rencontré Salinger en mars 44, alors qu’ils stationnaient tous les deux dans le 12e régiment d’infanterie de la 4e division.

 

Passer le temps, en attendant la mort...

 

Le vétéran se souvient de son ami, alors qu’ils avaient passé une année en Angleterre, voyageant également en Allemagne, en Belgique et au Luxembourg. « Nous avons vécu ensemble, mangé ensemble, et souffert ensemble. J’étais caporal, il était sergent-chef. Il appréciait Devon. Chaque jour, durant le temps libre, on le trouvait en train d’écrire sur sa machine. »

 

Rien d’autre à faire que d’attendre le 6 juin pour ce sinistre jour de débarquement. « Nous n’avions pas d’autre choix que de rester là et d’attendre le jour J. » 

 

L’Attrape-cœurs fut finalement publié en 1951, après que plusieurs passages ont été publiés dans le New Yorker. Il se vendit à 65 millions d’exemplaires. « Alors que son protagoniste est américain et ses thèmes sont universels, il a été conçu en Angleterre », poursuit le biographe.

 

Tiverton était devenu une sorte de chambre noire où le personnage avait été mûri. « C’était le dernier endroit paisible où [Salinger] pouvait être avant la guerre, on comprend qu’il ait ressenti un profond sentiment d’attachement. Il avait d’ailleurs un véritable penchant pour l’Angleterre. C’était une expérience particulièrement bouleversante pour lui. »   

 

Un documentaire est diffusé sur la BBC, pour détailler toute cette période dans l’histoire de l’auteur. « Je pense que le fait qu’Holden, dans Catcher, déteste la guerre et tente d’échapper à New York City pour une vie rurale, pourrait tout à fait être inspiré de l’expérience de Devon. Et Salinger lui-même a quitté la Big Apple pour une vie très simple à Cornish, dans le New Hampshire, après la guerre. »

 

Les éditions Robert Laffont viennent de rééditer la traduction d’Annie Saumont, dans la collection Pavillons Poche. Robert Laffont qui en fut l’éditeur, en parle ainsi dans son autobiographie : « J’avais pour The Catcher in the Rye de J. D. Salinger une passion que je croyais aisé de transmettre. Il n’en fut rien, et, malgré tous mes efforts, L’Attrape-cœurs connut un insuccès total. L’auteur ne m’en tint pas grief. » Le livre s'est depuis bien rattrapé dans le coeur du public...

 

(via The Independent)