Ce week-end, la toile littéraire nous apprenait que la mort de Shakespeare était beaucoup plus célébrée que celle de Cervantes — ils seraient tous deux morts le même jour, un 23 avril — aussi voici un article pour faire pencher la balance vers l’auteur espagnol, dont la vie fut aussi aventureuse que celle de son héros.

 

Cervantes Shakespeare
Tamorlan, CC BY 3.0

 

 

Œuvre assez déjantée pour l’époque, Don Quichotte (El Quijote, en espagnol) serait le roman plus lu et le plus traduit au monde, et serait également le livre le plus lu après la Bible, toutes informations à prendre avec la plus grande précaution. Toujours est-il que, quatre siècles plus tard, les aventures du chevalier errant caracolent toujours en tête de liste des best-sellers mondiaux, y compris en version numérique.

 

Un premier volume en 1605

 

Le titre complet du premier volume est « El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha », publié en 1605 à Madrid par Juan de la Cuesta, suite au « privilegio real » signé par Cervantes en septembre 1604. Le roman cartonne aussitôt grâce aux réseaux sociaux de l’époque. Malgré cela, Cervantes aura des difficultés financières toute sa vie, même avec la célébrité, preuve que les difficultés économiques liées à la profession ne datent pas d’hier.

 

Juan de la Cuesta publie dès la même année une deuxième édition du roman, avec des chapitres 23 à 30 plus volumineux, suite à un nouveau « privilegio real » signé par Cervantes en février 1605. En quelques semaines, le succès est fulgurant dans toute la péninsule ibérique. Toujours en 1605, deux éditions non autorisées (des éditions pirates, donc) sont publiées à Lisbonne, capitale du Portugal, et deux éditions dûment autorisées sont publiées à Valence, sur la côte est de l’Espagne.

 

En 1607, le roman est publié à Bruxelles, première étape vers une conquête européenne. En 1608, le roman est de nouveau publié à Madrid par le même Juan de la Cuesta, avec des variantes et corrections attribuées pendant un temps à Cervantes, mais qui seraient dues à l’éditeur… tout comme des fautes d’orthographe.

 

Un deuxième volume en 1615

 

Suite à quelques autres écrits ayant laissé moins de traces dans le firmament littéraire, Cervantes récidive dix ans plus tard avec un deuxième volume, dénommé cette fois « El ingenioso caballero don Quijote de la Mancha » et publié par le même Juan de la Cuesta en 1615, suite au « privilegio real » signé par Cervantes en mars de la même année, un an avant sa mort.

 

Outre le héros Don Quichotte, son cheval Rossinante et son serviteur Sancho Panza, dont le quotient intellectuel semble augmenter de chapitre en chapitre au contact de son illustre maître, 200 personnages foisonnent dans ces deux volumes, dont 150 personnages masculins et 50 personnages féminins, y compris Dulcinée, femme de caractère et grand amour de Don Quichotte. Dans la vie réelle de Cervantes aussi, les femmes qui l’entourent sont loin d’être des potiches et leur vie amoureuse n’est pas encore soumise au puritanisme des siècles suivants.

 

Cervantes Don Quichotte

Raul654, CC BY SA 3.0

 

L’œuvre – désormais en deux volumes – poursuit ensuite son chemin vers la gloire planétaire, sans éclipses majeures semble-t-il, contrairement à d’autres chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Elle aurait été publiée une trentaine de fois dans sa langue originale au XVIIe siècle, une quarantaine de fois au XVIIIe siècle, environ deux cents fois au XIXe siècle et au moins trois cents fois au XXe siècle.

 

De nombreuses traductions

 

Les éditions étrangères commencent sans surprise dans la langue de Shakespeare. Le traducteur s’attelant à la version anglaise est Thomas Shelton, avec un premier volume publié en 1612 sous le titre « The history of the valerous and wittie knight-errant don Quixote of the Mancha » et un deuxième volume publié en 1620.

 

Dans la langue de Molière, le premier volume, traduit par César Oudin, paraît à Paris en 1614 sous le sobre titre de « L’ingénieux don Quixote de la Manche ». Le deuxième volume, traduit cette fois par François de Rosset, paraît en 1618.

 

Vient ensuite une traduction en italien par Lorenzo Franciosini de Castelfiorentino, avec un premier volume publié en 1622 sous le titre de « L'ingegnoso cittadino don Chisciotte della Mancia » et un deuxième volume publié en 1625.

 

Après avoir été traduit en anglais, en français, en italien, en allemand et en hollandais au XVIIe siècle, le roman est traduit en allemand, en danois, en polonais, en portugais et en russe au XVIIIe siècle, et enfin dans de très nombreuses langues — aussi bien majeures que minoritaires — aux XIXe et XXe siècles.

 

Alexandre Pouchkine aurait même appris le castillan pour pouvoir lire Don Quichotte dans sa version originale, selon Wikipédia. Pour nos lecteurs désireux de suivre ses traces, signalons la belle (et gratuite) édition virtuelle de Don Quichotte publiée par le Centro Virtual Cervantes. (voir ici)