Il pensait donc il était : le Discours de la Méthode de Descartes mis aux enchères

Victor De Sepausy - 15.02.2017

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Le 14 mars prochain se déroulera à Paris la vente d’un ouvrage essentiel dans la pensée du XVIIe siècle. Un certain M. Descartes qu’un vilain génie agitait sans cesse, faisait alors paraître ce que l’on appelerait aujourd’hui un tutoriel : Le Discours de la méthode. Et ce How To porte sur la manière de « bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences ». Une édition rare est proposée à la vente. Estimation : 20 à 30.000 €.

 

 

 

En 1637 paraissait une œuvre fondamentale qui allait révolutionner la pensée occidentale dans son ensemble : le Discours de la Méthode. Un exemplaire de l’édition originale de cette pièce maîtresse du patrimoine français et universel a été découvert il y a peu au sein d’une bibliothèque privée du Sud Ouest de la France. La teneur foncièrement pérenne de cet ouvrage est ici d’autant plus accentuée par l’exceptionnelle et rare fraîcheur de l’exemplaire qui sera mis en vente le 14 mars prochain par la maison de vente Millon à Paris.

 

Bien que plus de 350 ans nous séparent de sa publication, le contenu du Discours de la Méthode ne cesse d’étonner par son actualité et sa pertinence qui en font plus que jamais un référentiel incontournable pour envisager notre monde. Acte fondateur de la philosophie moderne, le Discours de la Méthode est avant tout le fruit d’une véritable aventure intellectuelle. Inquiété par la récente condamnation de Galilée, Descartes hésite longuement à faire paraître au grand jour ses préceptes de pensée méthodique et métaphysique.

 

Témoignant de l’esprit « européen » de son temps, il s’adresse à un éditeur des Pays-Bas afin de faire enfin partager le brillant résultat de ses longues années de recherche. S’il n’est à aucun endroit fait mention de son nom au sein du Discours, Descartes tient prudemment à présenter cette œuvre comme une démarche tout individuelle.

 

Ce même chef d’œuvre de la pensée occidentale exposé dans sa forme originale quasi intacte sera ainsi présenté prochainement par la maison de vente Millon. C’est un évènement considérable qui s’offre alors au monde de la bibliophilie et de la pensée dans son ensemble. Il ne resterait qu’une trentaine d’éditions originales du Discours de la Méthode sur le territoire français, pour la plupart précieusement conservées au sein des bibliothèques publiques. Or cet exemplaire en particulier se révèle une édition originale extrêmement rare dans sa reliure d’origine

 

De sacrées qualités pour cet ouvrage d’une portée universelle, l’œuvre fondamentale de René Descartes (1596-1650) qui ouvre l’ère de la philosophie moderne. Après la condamnation de Galilée (1633) Descartes avait pris la résolution de ne pas laisser imprimer ses ouvrages de son vivant. S’il cède en 1637, aux instances de ses amis, en publiant une anthologie de ses recherches, il tient à ne faire part de la mise en question totale qui en est la base, qu’en lui laissant le sens d’une démarche singulière toute personnelle. À cette prudence nous devons la saveur exceptionnelle de ce Discours.

 

Le Discours est divisé en six parties. La première partie commence par le célèbre : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée... », la seconde partie trace l’épure de l’inspiration fiévreuse de novembre 1619 qui verra, sur les bords du Rhin, Descartes établir les fondements de sa science. Dans la troisième partie, Descartes reconnaît cependant qu’il faut que la raison pure vive auprès des autres hommes en respectant une morale « par provision ».

 

Descartes assassiné à l'arsenic, thèse d'un universitaire allemand

 

La quatrième partie après avoir dit que la pensée n’est qu’un songe constate qu’il faut « être » pour pouvoir penser d’où l’universelle vérité « Je pense donc je suis » (p.33 ligne 23) qui servira de base à la reconquête de la certitude. La cinquième partie ébauche le développement de la vision mécaniste du monde corporel. La sixième partie invoque l’utilité des expériences « d’autant plus nécessaires qu’on est plus avancé dans la connaissance. »

 

« Mais la jonction de l’expérimentation et de l’hypothèse n’est pas encore réalisée dans la méthode cartésienne. Il reste qu’elle a permis le renouvellement de l’analyse sans laquelle la constitution d’une physique mathématique eût été impossible. » Laffont-Bompiani, Dictionnaire des œuvres, II, 42. (Tchemerzine, IV, 286.)