Institut Français du Cap-Vert : vaines protestations contre la fermeture

Louis Mallié - 26.05.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Cap-vert - Institut Français - François Hollande


En dépit des nombreuses réactions que cela suscite et de l'incompréhension générale, l'Institut français du petit archipel du Cap-Vert fermera bien fin juillet. Dans une lettre dont l'AFP a pu se procurer une copie, le président capverdien, Jorge Carlos Fonseca demande à François Hollande de « réviser sa décision » de fermer l'Institut, « patrimoine et partie intégrante du panorama culturel au Cap-Vert »… La réponse est non.

 

 Another Blue House

Laurent Heschen, CC BY-ND 2.0

 

 

« Aujourd'hui au Cap-Vert, pays de dialogue et de convivialité ouvert au monde, nombre de Capverdiens s'expriment en français », explique le président capverdien dans sa lettre au Président de la République française. La décision avait en effet de quoi surprendre : outre le fait que le petit pays est membre de l'Organisation internationale de la Francophonie, près de 76 % des Capverdiens étudient le français dès l'école primaire.

 

Des données que n'a pas manqué de rappeler la pétition lancée sur internet « Non à la fermeture de l'Institut français du Cap-Vert ».  Signée par de nombreux intellectuels, elle rappelle que « le français fait partie de l'environnement sociolinguistique et culturel du pays, [qu'] il a une place privilégiée tant dans les échanges avec les visiteurs étrangers à l'intérieur du pays que dans les relations internationales. »

 

Dans sa réponse, François Hollande souligne que le fait que l'institut français a « perdu de son énergie et de sa pertinence » depuis un déménagement qui l'a éloigné du centre-ville de la capitale Prainha. Pour autant, il prend soin de préciser que la fermeture ne signifie « en aucune façon, l'arrêt de notre coopération culturelle, très dense avec votre pays ». 

 

Dans une lettre ouverte à François Hollande datée du 25 avril, l'intellectuel français et maire d'Épinay-sur-Seine Pierre Franklin Tavares accusait la décision, rappelant la promiscuité de la culture française avec l'histoire du Cap-Vert : « il n'est nul pays au monde où l'on donne « Bossuet », « Napoléon » ou « Voltaire » comme prénoms. Excepté aux Îles du Cap-Vert, où persiste cet étrange legs patronymique qui traduit l'influence intellectuelle, spirituelle et politique que le prestige de la France des Lumières exerce encore, en plein cœur de l'Atlantique. »

 

 « La France et le Cap-Vert, entretiennent des liens complexes et subtils, desquels il appert une antériorité historique et une exception linguistique que rien, pas même les nécessaires restrictions budgétaires de l'État français, ne devrait obérer ou venir détruire.»  Possédant en outre plus de ressortissants à l'étranger que sur son territoire, (700.000 contre 500.000, dont 30 000 en France) M Tavares rappelait que les nombreuses communautés capverdiano francophones ont toujours été des « propagateurs zélés de la francophonie »...

 

Et de conclure alors sa lettre par une habile question rhétorique soulignant le danger de la mesure : « En visant à la fermeture de l'Institut français du Cap-Vert, la France n'affaiblit-elle pas de son propre chef une enclave francophone ? » Dis d'une manière autre et moins élégante, n'est-ce pas se tirer une balle dans le pied ?