Interdire jambon, saucisson et boudin dans les manuels scolaires

Nicolas Gary - 15.01.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - porcs cochons - livres scolaires - musulmans juifs


Les écolières d'Afghanistan sont soulagées : elles ne seront pas en contact avec la race des porcidés, même dans les manuels scolaires. Des directives rigoureuses d'éditeurs recommandent aux auteurs de ne pas heurter la sensibilité des étudiants. Et pour ce faire, autant ne pas parler du cochon, du tout. Saucisses, bacon ou rillettes sont proscrits.

 

 

 Fat as a pig!

Dan Century, CC BY SA 2.0

 

 

Les très sérieuses Oxford University Press, ou même HarperCollins, ont diffusé des messages épatants : pour ne pas choquer les clients résidant dans le Golfe, il est demandé aux auteurs d'éviter toute allusion au porc. Des choix éditoriaux qui reflètent les traditions locales, estime-t-on, considérant que les populations musulmanes ou juives seraient en peine de trouver des références à un groin.

 

On croit volontiers à la bévue gaguesque, mais Jim Naughtie, auteur, explique avoir reçu une lettre très stricte. « Quand un éditeur respectable, lié à une institution académique, vous dit que dans votre livre, vos ne pouvez pas parler de porc, parce que des personnes pourraient s'en offenser, c'est tout simplement ridicule. C'est juste une blague », estime-t-il. Évidemment, le cochon d'Inde n'est pas encore concerné.

 

On savait déjà que des modifications, par-ci, par-là, intervenaient dans les manuels scolaires, pour faciliter le commerce avec les pays musulmans. De très respectables maisons effectuent des retouches pour s'assurer de ne pas froisser les acheteurs. Le Moyen-Orient devient un marché de plus en plus convoité, et il est impératif de faire des concessions à même de séduire délicatement les clients.

 

Éviter de mentionner des éléments alimentaires devient alors un enjeu marchand, à l'époque d'une mondialisation globale. Khalid Mahmood, député travailliste britannique, de confession musulmane, est atterré : « Je suis totalement d'accord. C'est une absurdité totale, et absolue. Et quand les gens vont trop loin, cela porte un discrédit complet sur une discussion. » 

  

Des pays comme l'Arabie saoudite ont des mesures très sévères pour l'achat de livres destinés à des écoles. Et l'Oxford University Press tente de se justifier : « Nos ouvrages sont vendus dans près de 200 pays, et, à ce titre, sans compromettre notre engagement en aucune manière, nous encourageons certains auteurs de contenus éducatifs à considérer respectueusement les différences culturelles et les sensibilités. Les lignes directrices pour nos ouvrages pédagogiques différents entre les zones géographiques et ne concernent pas notre édition universitaire. »

 

Les tabous sociétaux, comme l'homosexualité, ont déjà fait l'objet de censures fortes, et tout ce qui pouvait avoir trait à la sexualité, ou encore l'alcool – d'autres sujets assez sensibles. Respecter « les différences culturelles et les sensibilités » à ce point devient finalement une absurdité totale, relève-t-on. « La loi juive interdit de manger du porc, pas de mentionner le mot, ni l'animal dont elle provient », insiste Naughtie. 

 

Dans la tradition lévitique, donc juive, la viande de lapin est interdite : prochaine étape, réécrire Alice au pays des merveilles ?