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Isaac Newton l'alchimiste, en quête de la Pierre philosophale

Nicolas Gary - 09.04.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Isaac Newton - manuscrit perdu - alchimie Pierre philosophale


Isaac Newton n’est pas uniquement ce sympathique personnage dont le dessinateur Gotlib vanta la capacité d’analyse, la fulgurance de l’esprit et le goût pour les pommes. Ce fut également un scientifique du XVIIe siècle, qui appréciait l’alchimie et la redécouverte d’un de ses anciens manuscrits vient amplement confirmer ce penchant. C’est que Newton partant à la recherche de la transmutation des métaux, ça vaut bien une compote. 

 

Extrait du manuscrit

 

 

Durant une trentaine d’années de sa vie, Isaac Newton aurait tenté, comme tant d’autres avant lui, de changer le plomb en or ? Son acharnement fut tel qu’il inspira en tous cas d’autres alchimistes après lui, convaincus qu’en dignes héritiers du maître, ils poursuivraient ses travaux avec succès. Mort en 1727, Newton ne trouva pas la recette magique, mais il a légué un manuscrit contenant ses notes – et dévoilant un peu plus sa fascination pour ce domaine. 

 

La Chemical Heritage Foundation vient d’acheter ce manuscrit, jusqu’à lors conservé dans une collection privée, depuis des décennies. Et qu’y découvre-t-on ? Fort logiquement, les expérimentations de Newton pour aboutir à la Pierre philosophale, et mieux encore, l’ingrédient essentiel pour y parvenir. 

 

À l’époque de Newton, l’alchimie était également baptisée Chimie. « Newton fut très intéressé par l’alchimie, durant toute son existence », confirme James Voelkel, conservateur des livres rares pour Othmer Library of Chemical History, une fondation réputée. Comme un grand nombre avant et après lui, de fait. 

 

Après sa mort, ses documents de travail furent conservés par sa famille et légués de génération en génération, jusqu’à une vente aux enchères chez Sotheby en 1936. Cette dernière dispersa définitivement les manuscrits, et notamment certains qui portaient la mention « pas à imprimer ». Des collectionneurs privés, certes, mais également des institutions – comme l’université de Cambridge. 

 

L’ouvrage redécouvert se nomme Preparation of [Sophick] Mercury for the [Philosphers] Stone. Il intègre une copie de travaux réalisés par George Starkey, qui distribuait à l’époque ses œuvres sous le pseudonyme de Eirenaeus Philalethe. Newton en aura donc recopié les recherches pour son livre, d’après une édition de Starkey, datant de 1678. 

 

La Pierre Philosophale, une véritable méthodologie

 

Dans sa réflexion, difficile de savoir si Newton cherchait réellement à faire de l’or à partir du plomb. Ce que l’on en retient, c’est avant tout une pensée qu’il développe, considérant que les métaux sont constitués de différents composants – y compris un principe mercurique ou sulfurique. Et que l’altération de l’un de ces éléments pourrait alors permettre de modifier le métal en question.

 

C’est là l’une des bases de l’alchimie, et ce sur quoi Newton va tenter de travailler. Or, dans cette perspective, le projet ne semblait pas si délirant. C’est dans l’idée que faire intervenir une Pierre philosophale que le scientifique commence alors à perdre pied. 

 

Newton, comme le démontre cet ouvrage, travaillait avec précision, réunissant les références, compilant les recherches d’autres alchimistes. Pour certains, son approche était celle de la fin d’une ère : John Keynes, l’économiste, l’évoquait comme le dernier des magiciens, plutôt que comme le précurseur du monde de la raison. 

 

Mais partant de travaux sur des sujets ésotériques, il a mis en place une méthodologie et ainsi joué un rôle aujourd’hui reconnu comme considérable. « Les alchimistes furent les premiers à se rendre compte que les composants peuvent être décomposés en leurs éléments constitutifs et ensuite recombinés. Newton a ensuite appliqué cette idée à la lumière blanche dont il a décomposé les couleurs élémentaires puis les a recombinées », précise William Newman, historien des sciences. « C’est une approche que Newton a tirée de l’alchimie. »

 

Le manuscrit quant à lui sera consultable en ligne : depuis son acquisition en février dernier, l’organisme Chemical Heritage Foundation, basé à Philadelphie, s’est appliqué à le numériser, pour en simplifier la consultation. Des dizaines d’autres restent encore à découvrir, souligne l’organisation. (via Washington Post)

 

Newton, par Gotlib