Italie : deux manuels pour l’école primaire accusés de racisme

Federica Malinverno - 02.10.2020

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - manuels scolaires Italie - racisme manuels scolaires - Ialie école primaire


En Italie souffle fort le vent de la polémique : dans deux manuels scolaires, des dessins ont été accusés de racisme. L’explosion des réactions sur les réseaux sociaux depuis ce 25 septembre a suscité les prises de position du ministère de l’Éducation et de l’AIE




 

Quelques semaines après la rentrée, en plus de toutes les craintes liées à la propagation du Covid-19 avec la réouverture des écoles, une autre polémique enflamme l’Italie. Deux manuels scolaires destinés aux enfants de l’école primaire ont été accusés de racisme en raison de certains dessins et phrases qui s’y trouvent.

Le premier est un manuel de lecture pour la classe de CE1 Le avventure di Leo (Les aventures de Leo), publié par le Gruppo Editoriale Raffaello, qui opère depuis plus de trente ans dans le secteur de l’édition pour enfants, avec une spécialisation reconnue dans la publication de manuels scolaires. Le second est un livre pour les trois premières classes de l’école primaire, Rossofuoco (Rouge-feu) d’Ardea Editrice, maison d’édition de Casoria (Naples) spécialisée dans les secteurs scolaire et jeunesse.

L’histoire, qui a suscité des milliers de commentaires sur le web, est tirée d’un livre publié par Mondadori en 1996 (Caro bruco capellone – Chère chenille chevelue).
 

Dérapage sans contrôle


Dans les deux cas, il s’agit d’illustrations représentant des enfants noirs qui interagissent avec des enfants blancs. Le contenu des dialogues sous les caricatures fait l’objet d’une discussion. Dans le premier cas, l’enfant noir fait ses vœux pour l’année scolaire qui commence : « Cette année, je veux bien apprendre l’italien. » Il est donc stigmatisé comme un élève ayant des difficultés d’expression (il parle un italien incorrect) et la scène renvoie le message d’une diversité conçue comme manque et non comme expression d’un potentiel.

 

Dans le deuxième cas, le dialogue a lieu entre deux enfants, l’un caucasien et l’autre à la peau plus sombre. Le premier enfant demande à son amie : « Es-tu sale ou es-tu toute noire ? »
 

Les réseaux sociaux en feu


Les deux cas ont été signalés sur les réseaux sociaux et ont déclenché des milliers de commentaires indignés. Le premier a été signalé par l’ONG Educare alle differenze (Eduquer à la diversité), le deuxième par Marwa Mahmoud, conseillère municipale de Reggio Emilia du Partito Democratico (avec quelques différences, l’équivalent du parti socialiste en Italie).
 

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Cette dernière condamne l’épisode sur sa page Facebook comme « inacceptable » et invite à se libérer des anciens préjugés colonialistes. Elle souligne enfin l’importance du rôle social et civil de l’école dans le parcours d’acceptation et valorisation de la diversité : « L’école — conclut-elle — a aujourd’hui un rôle encore plus important que dans les décennies passées : elle a le devoir d’éduquer à la diversité et à la richesse qui en découle. » Ce sont ces mêmes arguments qui ont poussé aussi les enseignants à demander le retrait des pages incriminées. Et c’est ce qui s’est passé.
 

Inclusion et multiculturalisme revendiqués


En effet, l’éditeur du manuel Les aventures de Leo, le groupe Raffaello, s’est excusé et a annoncé que la page en question a déjà été modifiée. Un PDF a en effet été envoyé en remplacement aux enseignants et aux élèves qui utilisent le livre. De plus, la nouvelle édition du texte, actuellement en phase de réimpression, intégrera les modifications.


Dans une note, la rédaction se défend : « Nous avons toujours été très attentifs à des questions telles que l’inclusion et l’interculturalité. Ce sont les valeurs qui guident le travail de notre rédaction (…) Les nombreux enseignants et familles qui utilisent nos textes depuis des années peuvent le confirmer. À de nombreuses reprises, nous avons été pris comme exemple pour la promotion de thèmes tels que l’égalité des sexes et l’intégration multiculturelle dans nos manuels scolaires. »

 

En conclusion de la note, voici, timides, les excuses : « Nous nous excusons pour l’illustration qui a fait l’objet de nombreuses critiques, qui a heurté la sensibilité de certains, ce qui n’était certainement pas notre intention. Nous tenons à souligner que le livre en question est un projet de plus de six cents pages et que le message véhiculé est celui de l’inclusion totale. »
 

“Peut-être avons-nous péché de naïveté”


En effet l’intention des auteures, enseignantes d’école primaire en Emilia Romagna, était au contraire d’agir contre le racisme, en libérant la parole sur des situations très communes dans leur région, où la mixité est un élément fondamental de la composition des villes et, en conséquence, des écoles.

« Peut-être avons-nous péché par naïveté — avoue-t-elle — en décrivant de manière réaliste ce que nous observons tous les jours dans la réalité scolaire, mais il est certain que l’intention du dessin incriminé n’était pas d’être raciste, mais plutôt d’exprimer le désir ardent d’un enfant de maîtriser la langue. »
 

La réaction des institutions 


La polémique a été si dure que le 28 septembre le ministère de l’Éducation a dû rédiger un communiqué, dans lequel il informe « qu’il a contacté l’Association des éditeurs italiens et qu’il a partagé avec eux de fortes préoccupations concernant des contenus de ce type », en rappelant « la nécessité de continuer à travailler pour prévenir des cas comme ceux-là ».
 

JEUNESSE: une inadmissible sirène noire


L’Association des éditeurs italiens, à son tour, a publié un communiqué de presse, dans lequel elle informe d’être au courant des faits. En s’appuyant au code d’autorégulation du secteur de l’édition scolaire qui « rejette tout contenu impliquant une discrimination de quelque nature que ce soit », elle assure que les éditeurs ont décidé d’intervenir sur le texte « de manière à éliminer toute marge d’ambiguïté ». Enfin, elle confirme l’engagement de l’association et sa « volonté de porter une attention constante à la qualité des textes scolaires, dans le respect de la responsabilité éditoriale et entrepreneuriale de chacun ».
 

Après les interventions officielles de ceux deux importantes institutions, la polémique semble donc éteinte, pour le moment. Il reste néanmoins la sensation qu’un contrôle plus attentif serait nécessaire afin d’éviter d’autres épisodes de ce type.




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