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Jane Austen en critique littéraire de romans gothiques, acerbe et sarcastique

Clément Solym - 11.07.2017

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Connue, et adulée, pour ses histoires d’amour dévoilant une satire sociale aux petits oignons, Jane Austen était aussi drôle. Derrière la parodie, l’humour, et entre les pages de ses propres livres, on lit le détournement des romans gothiques, si populaires à son époque. Mais pour critiquer intelligemment, encore faut-il avoir lu...


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La mode à l'époque de Jane Austen
 

 

Une lettre mise aux enchères par Sotheby’s la semaine passée, semble dévoiler le goût que la romancière pouvait entretenir pour la fiction mélodramatique. Dans un courrier envoyé à sa nièce, elle s’adresse à une certaine Rachel Hunter, auteure de Lady Maclairn, the Victim of Villany. Un supra classique de l’époque, en matière de romance dramatisante.

 

Austen et sa nièce, Anna Lefroy, avaient récemment lu ensemble le livre de Hunter, et Jane en fait une critique au vitriol. Elle se moque sans vergogne du déferlement de bons sentiments, sans aucune retenue – les vannes sont ouvertes – autant que de la prose très ampoulée. 

 

Elle interpelle même l’auteure en la suppliant de publier d’autres titres, pour raconter les sorties du couple principal, sujet « traité trop brièvement ». Ah, sarcasme, quand tu nous tiens...

 

Mais surtout tante et nièce s’en sont donné à cœur joie, riant ouvertement de ce roman, considérant la médiocrité de l’histoire, du style et de tout ce qui reste. 

 

À l’époque encore, les romans étaient considérés comme de dangereuses distractions, loin de l’édifiante lecture de sermons ou de textes religieux – bien plus à même d’instruire les jeunes filles. Ou le tricot : c’est bien, le tricot, ça occupe, et l’hiver ça permet d’avoir une petite laine à se mettre sur les épaules. 



Lettre vendue pour 165.000 £

 

Dans tous les cas, la hiérarchie des divertissements plaçait les romans gothiques tout en bas de la pyramide, tout à la fois banals et légers. Bien avant même l’invention de la téléréalité, il fallait malgré tout trouver de quoi passer le temps.

Mais certainement, vivant à notre époque, Jane Austen se serait régalée de commenter les Anges de la téléréalité et autres Bachelor, en dézinguant leurs mièvreries...