Japon : des phrases bien salaces pour un manuel de linguistique

Clément Solym - 14.01.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Japon manuel - langue apprentissage


Un texte destiné aux élèves japonais est en train de se faire sévèrement allumer. Distribué dans les lycées, ce manuel scolaire, qui intervient dans le cadre d’un examen d’entrée au collège, fait l’objet d’attaques dans les règles. En cause, des phrases pour le moins agressives et sexuellement explicites. Il s’agit pourtant de simples exemples de reconnaissance des caractères que les élèves doivent avoir intégrés...

 

(Crédit image)

 

 

Sundai, véritable institution japonaise qui dispose d’établissements à travers le pays, verse dans la communication de crise. Près de 7000 exemplaires de l’ouvrage incriminé ont été vendus, explique un porte-parole. « Je suis intrigué par la taille de ses seins », est en effet une phrase qui a de quoi épater, quand bien même elle serait composée des fameux kanji à mémoriser et identifier.

 

C’est d’ailleurs ce but qui était recherché, comme le justifie la société : « Nous avons pensé à des phrases tournées de telle sorte que les étudiants pourraient les mémoriser et les mettre en pratique plus facilement. » Pour assurer son succès, 28.000 exemplaires de ce livre d’exercices ont été imprimés, que Sundai a promis de rappeler dans les meilleurs délais. 

 

En tout, 710 phrases, contenant ces fameux kanji, qui sont des caractères soit identiques, soit très proches des caractères chinois. Leur prononciation diffère selon le sens recherché, puisque le sens va varier selon les modes d’associations. Mais en l’état, c’est on ne peut plus clair. Pour exemples, « Elle m’a serré de façon rythmée » [Il suffit de chercher une allusion sexuelle pour mieux comprendre, NdR]. Ou encore : « Ne pas stimuler le point sensible avec trop d’ardeur » voire d’autres perles comme « Prière de s’introduire doucement tout du long ».

 

Sur le réseau Twitter, les internautes n’en reviennent pas : un sexisme qui dépasse l’entendement, estime-t-on, et une vulgarité assez difficile à supporter. Or, Sundai jouit d’une excellente réputation au Japon, connue pour être une des meilleures écoles préparatoires du pays. Pour la rédaction de ce manuel, elle affirme avoir sollicité un ancien enseignant, véritable maître de la langue – et surtout qu’il fut accompagné par une équipe éditoriale pour ce faire.

 

Juste pour appuyer le propos : « Ce fut un plaisir d’être traitée comme une esclave », « L’homme est essentiel à ma vie » ou d’autres encore, démontre toute l’attention portée aux femmes. 

 

 

 

Dans un même ordre d’idée, la Thaïlande n’a pas encore dû se remettre de ce livre de mathématiques. Sur la couverture avait été apposé le visuel d’une enseignante... sauf que ce dernier était tiré d’un film pornographique. Et que le film n'avait que peu de lien avec l'algèbre. Troublant. La maison d’édition a confirmé qu’elle avait choisi l’image de manière aléatoire sur le net, et s’était excusée pour sa démarche. 

 

Comment blâmer l’idée de recourir à un moyen mnémotechnique pour faciliter la vie des étudiants ? Surtout qu’il existe dans la culture manga une production érotico-pornographique abondante, où les femmes sont présentées comme de simples instruments sexuels. [NdR : ce qui ne saurait réduire le manga à cette seule production]

 

Ce qui en revanche devient velu, c’est que le livre a été publié en février 2015, et qu’il a manifestement fallu une année pour que quelqu’un l’ouvre ?  (via SCMP)


Pour approfondir

Editeur : Fayard
Genre : philosophie...
Total pages : 44
Traducteur :
ISBN : 9782213677934

Pornographie du temps présent

de Alain Badiou

Dans quel monde vivons-nous ? Que voulons-nous vraiment ? Immergés dans une société de consommation qui nous renvoie des images désirables dont nous nous contentons, gouvernés par une politique du consensus qui manque singulièrement de projet, nous avons perdu de vue la possibilité d'une révolution. Nous sommes aujourd'hui semblables aux prisonniers de la caverne décrits par Platon, qui ne connaissent pas la réalité mais son ombre. Ce n'est pas tant à s'indigner que nous exhorte Alain Badiou dans ce texte inspiré, mais à refuser de consentir au monde comme il va, à exercer une véritable critique émancipatrice, à imaginer de nouvelles valeurs qui libèrent, et finalement, à se créer.

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