Jean-François Copé versus Ray Bradbury : round 1

Neil Jomunsi - 14.02.2014

Patrimoine et éducation - Scolarité France - Jean-François Copé - Ray Bradbury


Dans l'affaire (ridicule) qui oppose les garants de la morale chrétienne et conservatrice aux éditeurs jeunesse, aux bibliothécaires et aux libraires, j'ai plaisir à imaginer la conversation qu'auraient pu avoir Ray Bradbury et Jean-François Copé au sujet de la politique mettant son nez dans les livres. Pour faire bonne figure, Orwell aurait sans doute modéré le débat, et la discussion aurait vite viré à la foire d'empoigne pour se déplacer sur un ring de boxe. 

 

 

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Alors, on aurait vu Ray enfiler son short et ses gants, Jean-François desserrer sa cravate, et Orwell aurait actionné la cloche, et depuis les tribunes, j'aurais encouragé mon poulain comme si ma vie en dépendait. Je n'ai pas besoin de vous dire en faveur de quel concurrent mon coeur balance.

 

Alors oui, c'est facile d'invoquer les fantômes d'Orwell et de Bradbury quand on parle de ce genre de sujet : Fahrenheit 451 et 1984 ont été utilisés à tort et à travers par tous les médias pour illustrer différentes affaires, quelquefois à propos, d'autres fois non. Mais la métaphore du match de boxe est assez parlante pour moi : j'aimerais que les auteurs montent au créneau et se défendent par leurs propres moyens.

 

L'éducation des enfants est une chose beaucoup trop importante pour être laissée au soin des politiciens, et à plus forte raison d'hommes et de femmes politiques parfaitement imbéciles. Les parents sont seuls juges à la maison, les enseignants seuls juges à l'école. À un moment, il faut savoir aussi se taire. Je me souviens de Conan le Barbare expliquant à des amis : « Chez moi, les gens sont très polis, parce que si on n'est pas poli, on se retrouve avec la tête séparée du cou ». Le silence est aussi une preuve de respect dans ce monde qui hurle.

 

Je vois dans cette sinistre affaire "Tous à poil" un autre problème : la soif de sang des uns et des autres. Les politiciens (principalement à droite en ce moment, hein, on ne va pas chipoter) s'emparent de la moindre occasion pour exciter les appétits des journalistes, qui leur embrayent le pas et occultent d'autres informations intéressantes, et ce petit mélange crée des débats de société stériles qui ne font, d'une part, rien avancer, mais d'autre part creusent encore un peu plus les conflits, les haines, les incompréhensions.

 

Cette habitude que les Français ont prise (je vois ces histoires depuis ma froide Berlinie, où c'est un peu plus calme et... circonspect) est destructrice à terme du lien qui devrait nous unir autour des livres.

 

Quelque part, Copé est un auteur de fiction : il a inventé une polémique à partir de rien. Raconter des histoires, c'est un peu le travail des écrivains, non? Du coup, j'aurais bien un conseil : chacun son métier, Jean-François. Et puis tais-toi un peu, ça calmera les nerfs de tout le monde, et les tiens en premier lieu, parce que je suis certain que tu t'agaces toi-même.

 

 

Retrouver le Projet Bradbury de Neil Jomunsi sur son blog