John Steinbeck, excellent romancier, mais piètre orateur

Cécile Mazin - 09.12.2013

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Il n'est pas même utile de comprendre parfaitement l'anglais pour découvrir le discours dont John Steinbeck gratifia l'Académie Nobel, lors de la remise de son prix en 1962. Oh, ce n'est pas faute d'avoir dit de jolies choses dans cette déclaration, sur le livre, la littérature, le monde et le reste. Mais la voix manquait singulièrement de passion..

 

 

 

 

Open Culture n'hésite pas à parler d'un « sermon humaniste gravé dans la pierre », qui pour le coup a du mal à sortir. Si Steinbeck est, en 1962, un écrivain dont la plume est simplement splendide, ce discours ressemble à un Grand O de Normalien qui aurait veillé toute la nuit pour réviser les textes de Thucydide avant sa version...

 

Il est vrai que, dans les archives de l'Académie, on découvre malgré tout que l'auteur fut récompensé par défaut, en 62, attendu que les différents candidats ne faisaient pas vraiment l'unanimité. 

 

Lorsqu'en 2012, la Fondation Nobel rend publiques les archives des délibérations vieilles de cinquante ans comme le stipule le règlement, elle révèle que John Steinbeck fut récompensé par défaut. Les quatre autres auteurs retenus dans la sélection finale de 1962 étaient la Danoise Karen Blixen, le Français Jean Anouilh puis les Britanniques Lawrence Durrell et Robert Graves.  

Il fut d'emblée décidé que Durell serait écarté. Son œuvre ne faisait pas l'unanimité au sein du jury qui avait déjà évincé sa candidature l'année précédente sur l'insistance d'un membre du comité trouvant que ses livres avaient un « arrière-goût douteux », en raison d'une « préoccupation monomaniaque pour les développements érotiques. ». Blixen mourut un mois avant l'élection du gagnant et Anouilh fut évincé car sa victoire aurait été trop proche de celle Saint-John Perse, le dernier lauréat français. Graves, quant à lui, était connu comme poète bien qu'il ait publié quelques romans.  

Mais pour Anders Österling, secrétaire perpétuel d'alors, personne dans la poésie anglophone n'égalait le talent d'Ezra Pound dont il fut décidé qu'il serait privé de la récompense à cause de ses positions politiques. Steinbeck obtint finalement le prix. L'annonce de son couronnement fut mal reçue par la presse suédoise et américaine pour qui il était un auteur du passé. En effet, l'écrivain américain n'avait rien publié de marquant depuis longtemps et ses grands romans (Les Raisins de la colère, Des souris et des hommes et À l'est d'Eden) étaient derrière lui.  

Quand il répondit à un journaliste lui demandant s'il méritait la distinction, Steinbeck, lui-même surpris par sa victoire, répondit : « Franchement, non. ». Jamais par la suite, Anouilh, Graves et Durrell ne furent primés.

(via Wikipedia)