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Ketab Lawst, des livres à vélo contre l'analphabétisme en Afghanistan

Clara Vincent - 27.02.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - initiative éducation lecture - Afghanistan alphabétisation benevolat - Ketab Lwast association


Créée en 2018 à Kaboul, l'association Ketab Lwast vise à améliorer le taux d'alphabétisation et à développer l'éducation dans les zones rurales en Afghanistan. Fondée par un étudiant de l'universite de Jahan (Kaboul), ses membres bénévoles sillonnent chaque semaine les rues des villages du pays, à l'aide d'un vélo electrique chargé de livres pour dispenser des cours de lecture auprès des habitants.   



À ce jour, l’Afghanistan, qui a été touché par de nombreuses guerres, est l’un des pays admettant un taux d’alphabétisation des plus bas, avec 45 % chez les hommes et 17 % chez les femmes, comme le rappelle la magazine American Libraries

C’est contre cette état de fait qu'entendit lutter Idress Siyawash, étudiant à l'université de Jahan, à Kaboul, en créant en 2018 avec des camarades de classe, l'association Ketab Lwast. Depuis, avec l’aide des autres bénévoles ayant rejoint leur équipe, ils se rendent chaque semaine dans les zones rurales du pays pour fournir les populations en livres ainsi que dispenser des cours de lecture. 

Lorsqu’ils se rendent dans les villages les plus isolés, Idress Siyawash et son équipe sillonnent les rues à l'aide d'un vélo électrique bleu, pourvu d'une caisse chargée de livres. Muni d’un mégaphone, et parfois accompagné de son ami Javed Amirkhel, un chanteur local, le bénévole fait ainsi savoir sa présence auprès des habitants. 

« Notre idée est de montrer que la lecture peut être amusante et d’expliquer pourquoi l’éducation est si importante », explique Idress Siyawash au magazine American Libraries. « Si nous donnons aux enfants des livres, même des livres simples, ils peuvent commencer à apprendre la langue et à apprécier les histoires. Mais cela pourrait aussi les aider à voir le monde d’une manière différente et à mettre fin à la façon de penser qui retient ce pays. »

Comme le rappelle le magazine, sous le règne du régime taliban dans les années 1996 à 2001, de nombreuses bibliothèques ont été pillées ou fermées, quant ce n’était pas des livres qui étaient brulés, parce ne correspondant pas à l’idéologie du régime. « Au total, 15 des 18 bibliothèques publiques de Kaboul ont été fermées pendant le règne des talibans  », note le magazine. 

Selon une étude réalisée en 2016 par la consultante en bibliothèques, Rebecca L.Miller, sur les 324  bibliothèques afghanes étudiées, la taille moyenne de leur fond s'établirait entre 100 à 2500 exemplaires. Seules quatre des institutions étaient dotées d’une collection dépassant les 20 000 volumes. Le rapport soulevait également l’absence d'ordinateurs pour 64 % des établissements.

Depuis, des mesures ont été prises pour favoriser l'éducation et lutter contre le faible taux d’alphabétisation. Or, si les talibans ne sont plus au pouvoir, ils contrôlent toujours certaines régions du pays. Rendant la tâche difficile comme le mentionne Idress Siyawash, qui ne se montre pas moins déterminé pour autant.   

« Dans certaines régions, les enfants ne vont pas à l’école », explique-t-il. « Les [écoles] ont été reprises par les talibans et certaines sont restées fermées. De nombreux parents ne veulent toujours pas envoyer leurs filles à l’école et, à cause de la pauvreté, même certains garçons ne terminent pas l’école primaire. Nous voulons changer cela et nous pensons qu’apprendre à lire aux enfants est la première étape. » 

Deux fois, son association a même fait face à des menaces de la part des talibans, croisés dans la province de Laghman ainsi qu'à Nangarhar : « Les deux fois, ils ont arrêté notre caravane et ont menacé de nous tuer si nous continuions. Peu de temps après leurs menaces, un membre de notre équipe, Emal, a été enlevé par des inconnus dans sa voiture à Kaboul et roué de coups. Lorsqu’il a finalement été libéré, il a dû se rendre en Inde pour y être soigné. », déclare-t-il au magazine, avant d'indiquer : « Là où ils répandent la haine et la peur, nous diffusons des livres et des enseignements. Nous voulons un avenir différent pour l’Afghanistan. »
 
 
Depuis le lancement de Ketab Lwast, Idress Siyawash et son équipe se montrent très actifs sur les réseaux sociaux. L'association étant financée via un modèle d’adhésion dans lequel les donateurs paient 100 afghanis, soit environ 1,20 € par personne et par mois, cette présence sur Internet leur permet non seulement d'assurer une certaine visibilité à leur démarche mais aussi de sensibiliser une plus large partie de la population afghane afin de pouvoir obtenir auprès des plus aisés une aide financière.

Aussi, le potentiel fédérateur des réseaux sociaux a permis une présence féminine parmi les bénévoles, ce qui contribue à rendre les habitantes des villages moins rétives à l'association. Comme l'indique en effet Idress Siyawash : « Pour certaines femmes des zones rurales, le simple fait de voir nos bénévoles — des jeunes femmes afghanes éduquées — leur fait voir ce qui est possible . Elles commencent à réaliser que leurs filles n’ont pas à vivre les mêmes épreuves que certaines d’entre elles. Si elles les envoient à l’école, elles auront plus de chances dans la vie. » 



Commentaires
C'est formidable! Bonne chance et bon courage.
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