L'Académie française rejette “toute simplification de l’orthographe”

Victor De Sepausy - 09.02.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - réforme orthographe - Académie française - rectifications graphies


La réforme de l’orthographe qui change nénuphar en un acceptable nénufar a finalement fait réagir l’Académie française. Dans les manuels scolaires de la rentrée prochaine, une modification portant sur différents points, et autres accents circonflexes, sera instaurée. L’orthographe révisée ne laisse pas les Immortels insensibles, d’autant plus qu’ils en refusent toute paternité.

 

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Jesse Freeman, CC BY ND 2.0

 

 

La Coupole souligne en effet n’être pas « à l’origine de ce qui est désigné sous le nom de “réforme de l’orthographe” dont la presse se fait l’écho ». Elle rappelle à toutes fins utiles que la réforme « émane du Conseil supérieur de la langue française » présentée dans le Journal officiel du 6 décembre 1990. Évidemment, le secrétaire perpétuel de l’Académie, Maurice Druon, a été associé au rapport. Et elle en a approuvé les principes dans une réunion du 3 mai 90. 

 

Sauf que par la suite, devant les dispositions envisagées, la Coupole a émis « une grande diversité d’opinion ». Elle « a assorti son approbation d’une invitation à la mesure et à la prudence dans la mise en œuvre des mesures préconisées, mettant en garde contre toute imposition impérative des recommandations ».

 

Mais l’Académie soutient mordicus, une fois de plus, le « principe selon lequel doivent être exclues toute réforme, et même toute simplification de l’orthographe ». Des ajustements par rapport aux évolutions, certes, mais des simplifications, non. 

 

Par ailleurs, les rectifications, et pas la réforme, touchent 2000 mots, ce qui ne serait que 3 à 4 % du lexique français. Les ajustements pratiqués ont été approuvés par l’Académie, parce qu’ils étaient « conformes, dans leurs principes et dans leur effet, à ceux qu’elle a elle-même pratiqués à plusieurs reprises ». 

 

Et de poursuivre : 

 

En effet, les rectifications proposées ne consistent en aucune manière à simplifier des graphies résultant d’une évolution étymologique ou phonétique, mais visent à mettre fin à une anomalie, à une incohérence, ou, simplement, à une hésitation, et ainsi à permettre l’application sans exceptions inutiles d’une règle simple, à souligner une tendance phonétique ou graphique constatée dans l’usage, ou encore à faciliter la création de mots nouveaux, notamment dans les domaines scientifique et technique, et, de manière générale, à rendre plus aisés l’apprentissage de l’orthographe et sa maîtrise.

 

L’Académie revient une fois de plus sur sa position, « opposée à toute prescription de caractère obligatoire en matière d’orthographe ». Elle préfère que l’on émette des recommandations quant à la graphie des mots en question. Cohabiteront donc celle actuelle et celle qu’a envisagée le Conseil supérieur. Mais c’est à l’épreuve du temps que la Coupole jugera des modifications opérées.

 

De toute manière, la 9e édition de son Dictionnaire conservera la graphie traditionnelle. 

 

Michel Lussaut, président du Conseil supérieur des programmes, assurait pour sa part : « L’Académie française a fait un travail très précis. Il y avait des anomalies orthographiques liées à des évolutions historiques un peu étranges, donc l’Académie avait vraiment veillé à ce que ces modifications soient compréhensibles, ce n’était absolument pas un bouleversement, plutôt du toilettage. »