L'ancienne maison de James Baldwin va disparaître au profit d'un projet immobilier

Laure Besnier - 17.11.2017

Patrimoine et éducation - Patrimoine - James Baldwin - Maison Patrimoine - Vente Sotheby's


L’information est un peu passée inaperçue : à Saint-Paul-de-Vence, l’ancienne maison de James Baldwin va être détruite au profit d’un projet immobilier géré par l’agence de luxe Sotheby’s. Une déception pour ceux qui espéraient sauvegarder la maison, en tant que patrimoine, ou encore qui l’imaginaient transformée en résidence d’écrivain. 


Allan warren CC BY-SA 3.0

 

Hier, le quotidien Nice Matin a rappelé qu’une construction de grande envergure se prépare chemin du Pillon, sur l’ancienne demeure de James Baldwin. En effet, l’agence immobilière de luxe Sotheby’s prévoit d’y bâtir le « Jardin des Arts » : 19 appartements haut de gamme, de 100 à 250 m2, imaginé par l’architecte Philippe Caron et décoré par Collection Privée. 4 logements ont d’ores et déjà été réservés. Dans ce complexe qui sera livré juin 2019, on trouvera aussi une salle de fitness, un sauna et une piscine à débordement. 

 

La vidéo de présentation du projet immobilier indique qu’une « bastide provençale classée trône au milieu du site ». Or cette dernière n’est autre que l’ancienne maison de l’écrivain américain James Baldwin. Ce dernier, né en 1924 à New York était un écrivain engagé dans la lutte pour les droits civiques. Noir, homosexuel, pauvre, il décide en 1948, à l’âge de 24 ans, de fuir les États-Unis, où le racisme règne, et arrive en France. Il voyage aussi en Suisse et en Turquie.

L’auteur des ouvrages bien connus : La Conversation, La Chambre de Giovanni ou encore Un autre pays, s’installe à Saint-Paul-de-Vence en 1970, dans un mas sur une propriété de 4 hectares, au pied des Alpes-de-Haute-Provence. Il y reste jusqu’à sa mort, en 1987. 

 

La maison fut un lieu d’écriture d’ouvrages pour James Baldwin, mais c'est aussi là où il répondait à sa correspondance. Il y accueille des artistes américains de passage en France comme Miles Davis, Harry Belafonte, Ella Fitzgerald ou encore Nina Simone. Et, détail méconnu, lorsqu’il reçoit la Légion d’honneur de la part du président Mitterrand, il s’y rend avec sa femme de ménage et la propriétaire de la maison de Saint-Paul-de-Vence.  

 

La correspondance de James Baldwin au grand jour,
sauf ses lettres d'amour

 

Aussi, on comprend que la disparition de l’ancienne maison de l’écrivain soit un sujet sensible. L’année dernière, dans une tribune publiée par le journal Le Monde, Thomas Chatterton William, écrivain américain, indiquait qu’il souhaitait transformer la maison de James Baldwin en résidence d’écrivain. De même, à l’annonce du projet immobilier de Sotheby’s, un collectif fondé l’année dernière : « Les Ami.es de la Maison Baldwin », sous l’impulsion de l’écrivain Shannon Cain, essaye de racheter les murs au promoteur Socri. Pour cela, ils organisent demain une vente aux enchères silencieuse, « à l’américaine ». 

 

Ce mouvement de protestation va de pair avec la reconnaissance d’un patrimoine franco-américain. Par ailleurs, ces derniers temps, on ne cesse de faire revivre son œuvre : l’adaptation par Élise Vigier au théâtre de Harlem Quartet, ou encore le Documentaire I Am Not Your Negro (2016), dont le texte a été publié aux éditions Laffont le 5 octobre dernier, participent à ce mouvement. De même, Barry Jenkins prévoit d’adapter prochainement Si Beale Street pouvait parler au cinéma

 

 


Via Nice Matin