L'Argentine enquête sur la mort de Federico Garcia Lorca, victime du franquisme

Cécile Mazin - 18.08.2016

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La disparition de Federico Garcia Lorca intéresse la justice argentine. Selon des sources judiciaires évoquées par l’agence Efe, la juge Maria Servini de Cubria a adressé une demande officielle à l’Espagne pour obtenir copie de documents. Ces derniers concernent l’arrestation et la mort du poète, dans le cadre de recherches liées à l’époque du franquisme.

 

Federico Garcia Lorca - Plaza Santa Ana

Statue de Federico Garcia Lorca située Place Sainte-Anne, à Madrid

(Guillaume Flament, CC BY ND 2.0)

 

 

La juge n’y est pas allée par quatre chemins : elle réclame « toute la documentation et les dossiers concernant l’arrestation et l’assassinat de Garcia Lorca ». Le ministère espagnol de l’Intérieur doit recevoir prochainement la demande formulée par Buenos Aires. Elle servira au dossier actuellement en préparation et qui porte sur les crimes contre l’humanité commis par le régime de Franco, entre juillet 1936 et juin 1977. 

 

Le cas du poète sera ainsi versé aux documents réunis, alors que la juge fédérale s’est spécialisée depuis plusieurs années sur ce type de procédure. La demande était originellement portée par l’Asociación para la Recuperacion de la Memoria Historica. Il s’agit d’une ONG qui tente de rétablir les événements et établir un véritable tableau des atrocités commises par le régime franquiste. 

 

L’agence Reuters rappelle que Maria Servini s’était penchée sur les crimes et tortures survenus entre 1936 et 1939, en Espagne.  

 

Cette requête intervient également dans une période spéciale : l’Espagne célèbre actuellement le 80e anniversaire de la mort du poète. Or, sa disparition reste toujours auréolée d’un mystère pesant. Les historiens considèrent aujourd’hui que près d’un demi-million de personnes ont été victimes des crimes survenus durant la guerre d’Espagne.

 

Toutefois, même après les affrontements entre républicains et nationalistes, des représailles ont frappé des dizaines de milliers d’opposants : prison, assassinat, etc.

 

Les ossements, la tombe et le poids encombrant de l'Histoire

 

Une enquête avait déjà été relancée en 2008, aboutissant aux recherches de la tombe et des ossements, que le juge Baltasar Garzon avait portée. Cependant, il s’était heurté à de fortes résistances, et fut contraint d’abandonner la procédure. Garcia Lorca est censé avoir été enterré non loin de la cité de Grenade, mais les fouilles lancées en 2009 n’avaient absolument rien donné.

 

« Il se trouve tant de corps ici que des pins furent plantés pour qu’ils ne soient pas découverts en cas de pluies trop intenses », avait expliqué le professeur Juan Antonio Lopez Diaz de l’université de Grenade. Des exécutions illégales, arbitraires, l’époque de Franco en a connu son lot.

 

On sait qu’en 1936, le poète était présent dans la ville, où il trouva refuge chez les frères Rosales Camacho, des amis à lui. Connus pour leur engagement contre le régime, Garcia Lorca profita de leur foyer jusqu’à son arrestation survenue entre fin juillet et début août 1936. Il fut fusillé par des franquistes le 19 août 1936 à Víznar (Andalousie), avec ses amis anarchistes et un maître d’école.

 

Lorca avait manifestement dans l’intention de quitter l’Espagne pour le Mexique, sentant poindre dans le pays, un vent de haine contre l’homosexualité, et lui-même n’avait jamais dissimulé la sienne. Et l’hostilité du pouvoir en place montait progressivement contre le jeune poète.

 

Un peloton d’exécution que l’on avait qualifié de bourreaux, plutôt que de meurtriers. L’auteur et historien Miguel Caballero Pérez avait expliqué dans un ouvrage que « certains étaient des volontaires, d’autres étaient des policiers de carrière qui auraient pu être tués s’ils avaient refusé ». Parmi les membres qui le composaient, un membre du clan Roldan, une famille politique de droite, rivale du père de Federico Garcia Lorca, qui aurait convaincu les opposants d’arrêter et tuer le poète.