L'avenir open-source du manuel scolaire

Clément Solym - 20.02.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - open source - manuel scolaire - OpenStax


Les études supérieures, c'est cher : les manuels plus spécialisés en font les frais, pénalisant des étudiants financièrement incapables de faire face à un syllabus bien fourni, à moins de cumuler trois emplois. L'édition numérique des manuels scolaires pourrait bien résoudre ces soucis matériels, à condition de franchir tous les obstacles législatifs et éditoriaux.


Venant d'un adepte de l'exercice physique, la décision était inattendue : en 2009, Schwarzy le gouverneur de la Californie mettait la pression aux établissements scolaires pour qu'ils s'équipent en manuels numériques, histoire de réduire le déficit faramineux de son État fédéral. Verne Kopytoff, de TechCrunch, évoque dans son article les raisons d'un échec : les livres numériques sont encore trop austères, et se heurtent aux restrictions en matière de copyright qui les privent de photos et de schémas, bref d'illustrations permettant d'incarner les connaissances.

 

 

Malgré ce fâcheux contretemps, l'administration Obama a voulu suivre l'exemple de la Californie et mettre un sacré coup d'accélérateur à la transition numérique de la pédagogie : « Le secrétaire à l'éducation Arne Duncan et Julius Genachowski, le président de la Commission fédérale des communications ont demandé aux écoles américaines de faire en sorte de s'équiper d'appareils pour passer aux manuels scolaires numériques. Elles ont cinq ans, top chrono. » (voir notre actualitté)

 

Un défi qui paraît pour beaucoup un peu fantaisiste, tant les ressources des universités et écoles américaines sont compressées : même si le manuel numérique est à moindre prix (30 ou 40 $) par rapport au papier (jusqu'à 200 $), il reste à convaincre les parents d'équiper leurs élèves en tablettes... ou bien à pourvoir directement à cet achat, ce qui n'est pas du goût de tous les établissements. Au Bakersfield College, en Californie, les ventes de manuels numériques représentent à peine 1 % des ventes totales de manuels scolaires. Un chiffre d'ailleurs pratiquement similaire à celui observé en France. (voir notre actualitté)

 

Une telle « résistance » s'explique d'abord par la politique commerciale des éditeurs de manuels scolaires. Les différences de prix entre version papier et version numérique sont encore trop faibles pour galvaniser la demande, et la situation est entretenue par certains éditeurs qui exigent l'achat du manuel papier pour pouvoir se procurer sa version immatérielle ! Les récentes initiatives d'Apple pour dynamiser l'utilisation du manuel numérique sont encourageantes, mais ne se départissent pas du caractère corporate inhérent à tous les produits Apple, puisque « Tout fichier voué à la vente et créé avec iBooks Author doit obligatoirement être distribué uniquement via iBookstore… si le livre est validé par les équipes d'Apple. » (voir notre actualitté)

 

 

Des stratégies économiques qui pourraient être déjouées grâce à l'apparition des manuels scolaires open-source : toujours à la pointe de l'actualité et des découvertes scientifiques, car aisément modifiables, rédigés et vérifiés par des experts, mais profitants des contributions des utilisateurs, ils font figure de sésame numérique pour l'exercice pédagogique.

 

Et il faut bien admettre que le programme OpenStax College est plutôt impressionnant : il vise à fournir des manuels numériques totalement gratuits. Un tour de force rendu possible par les apports financiers de philanthropes  tels que la William and Flora Hewlett Foundation, la Bill & Melinda Gates Foundation ou la 20 Million Minds Foundation.

 

D'après le directeur de la publication David Harris, les cinq manuels numériques OpenStax prévus pour l'automne 2012 « rivaliseront avec des titres vendus pour 150 $ ou plus. Et, puisque nos manuels sont open-source, les universités seront libres de les modifier et de les adapter aux besoins spécifiques de leurs cours. » Le directeur Richard Baraniuk, promet quant à lui qu'en obtenant « juste 10 % du marché avec ces cinq e-books », OpenStax fera économiser près de 90 millions $ aux étudiants américains.