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L'écriture inclusive “abîme la langue française écrite”

Nicolas Gary - 24.10.2017

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - écriture inclusive français - livre lecture écriture - remanier graphie français


Devenue un sujet sociétal réel, l’écriture inclusive préoccupe donc les députés, qui, à l’Assemblée nationale, commencent à se faire des nœuds au cerveau. Ce modèle d’écriture est censé répondre à une question d’égalité entre hommes et femmes, et de lutte contre les stéréotypes. Mais remanier l’écriture n’est pas des plus commodes.


Ecritures 044
Patrick Gaudin, CC BY 2.0
 

 

On ne balaiera pas d’un revers de manche les Pascal Bruckner et assimilés, pour qui l’écriture inclusive ne sert à rien. Pire : invité sur France 5 dans l’émission C Politique, l’essayiste avait donné un avis des plus tranchés. « Je suis totalement contre, là je vous le dis, pour moi c’est un mélange de crétinisme et de totalitarisme (...) changer la langue, c’est toujours très dangereux », expliquait-il.

 

Avant d’ajouter, avec une bêtise crasse : « L’écriture inclusive concerne les catégories suivantes : LGGBDTTTIQQAAPP, c’est-à-dire lesbienne, gay, gender-queer, bisexuel, demi-sexuel, transgenre... et ils ont oublié les onanistes, les fétichistes et les pédophiles, on ne voit pas pourquoi ils seraient exclus. »

 

Certes, la secrétaire d’État française à l’Égalité femmes-homme, Marlène Schiappa assise à ses côtés, avait réagi : « La dernière fois qu’un élu Front national a dit ça, il a été condamné en justice. » Mais il n’empêche que, sans aller jusqu’aux conclusions de Bruckner, l’écriture inclusive continue de faire grincer des dents. 

 

La discorde à l'Assemblée nationale 


Début octobre, Isabelle Rauch, députée La République en marche, sollicitait justement le Secrétariat de Marlène Schiappa, lui rappelant les préconisations du Haut conseil à l’égalité : 

 

veiller à équilibrer autant que possible le nombre de femmes et d’hommes présentés ; 

accorder les noms de métiers de titres, de grades et de fonctions, en utilisant l’orthographe préconisée : par exemple artisan.e ; 

utiliser l’ordre alphabétique lors d’une énumération de termes identiques au féminin et au masculin, afin de ne pas systématiquement mettre le masculin en premier, par exemple agriculteurs et agricultrices, mais les femmes et les hommes

 

Or, la députée s’interrogeait sur les moyens à mettre en œuvre, en regard de la polémique qui avait touché les éditions Hatier. Tentant en effet l’aventure dans un manuel scolaire, la maison d’édition avait provoqué un tollé général. Et ce, alors qu’elle n’avait fait que scrupuleusement suivre les recommandations du Conseil, rappelées plus haut.

 

Attendu que l’égalité Hommes-Femmes doit être l’une des grandes causes du quinquennat, la députée suggérait alors que « des actions de promotion de l’écriture inclusive [puissent] être envisagées (nouvelle publication du guide, ateliers d’écriture inclusive...) afin de décrisper le sujet ».

 

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à l'écriture inclusive

 

En effet, si l’on souhaite que la pratique « soit simplement perçue pour ce qu’elle est vraiment à savoir un moyen grâce au langage de faire évoluer les mentalités vers une égale représentation des femmes et des hommes », le chemin à parcourir est encore long. 

 

D’autant plus, comme le souligne aujourd’hui Jean-Jacques Gaultier, député Les Républicains, que le ministre de l’Éducation nationale en personne a considéré que l’écriture inclusive « abîme notre langue » et « n’est pas une priorité » à l’école. Un point de vue que partagerait plutôt le député, qui abonde largement dans le sens du ministre, Jean-Michel Blanquer.

 

Le député prend également l’exemple de la publication des éditions Hatier, déplorant que « le genre des mots a été gommé afin d’éviter tout préjugé sexiste ». Et d’ajouter qu’à ses yeux, « ce principe abîme effectivement la langue française écrite en rendant la lecture et l’orthographe particulièrement complexes ».

 

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d’un bout à l’autre de la chaîne du livre”

 

Selon lui, il conviendrait d’ailleurs de limiter « la promotion du genre neutre à l’école », mais également « stopper la promotion » d’ouvrages qui le mettent en œuvre. En effet, deux ministres du Gouvernement, la ministre de l’égalité des femmes et des hommes et la ministre du Travail viennent de lancer un guide à l’attention des PME et des TPE, faisant la promotion de l’écriture inclusive en entreprise. De quoi abîmer les yeux du député...

A découvrir également, non moins sidérante, la prise de position des Académiciens, pour qui l'écriture inclusive est un “péril mortel”