Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

L'Education artistique et culturelle en pratique : quand les élèves s'étonnent

Auteur invité - 25.10.2017

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - éducation artistique culturelle - abbeville pratique élèves - EAC pratique élèves


La ville de 25 000 habitants située aux portes de la Baie de Somme est dotée de trois bibliothèques dont une patrimoniale et d’un service d’Archives municipales qui s’investissent régulièrement dans l’Éducation artistique et culturelle (EAC). 

 


L’illustratrice Alex Imé lors d’un atelier 


 

Hélène Hochart, directrice des bibliothèques de lecture publique et Éric Berriahi, responsable du patrimoine écrit (Archives municipales et bibliothèque patrimoniale), sont installés de part et d’autre du splendide jardin d’Émonville, en plein centre d’Abbeville. L’EAC, qui s’étend sur l’ensemble des domaines de la culture et des arts à la fois patrimoniaux et contemporains, fait partie de leurs usages.

Cette année, les bibliothécaires ont ainsi accueilli en résidence une illustratrice et un auteur de la région qui ont travaillé sur la nature dans le cadre du lancement de la grainothèque. Elvine a conduit des ateliers avec des élèves des écoles maternelle et primaire Champ-de-Mars tandis que Francis Demarcy est intervenu auprès des adultes du jardin d’insertion des Trois-Rivières du CFPPA (Centre de formation professionnelle de promotion agricole). 
 

« L’EAC traverse toutes les tranches d’âge, commente Hélène Hochart. Il existe davantage de dispositifs subventionnés pour les jeunes, mais elle s’adresse aussi aux personnes qui n’ont pas pu rencontrer des artistes pendant leur cursus scolaire. Nous essayons toujours de cibler un groupe d’adultes parce qu’il nous semble important de valoriser leurs connaissances. »
 

La bande dessinée à l'école,
pour désinhiber les enfants face à la lecture ?


Entre sorties nature, production d’écrits, dessins à l’aquarelle ou maquettes de super-légumes, chacun a pu s’exprimer et acquérir ou renforcer des compétences sur le thème du jardin. Les travaux des trois groupes suivis par Nathalie Villenet, médiatrice culturelle, ont été numérisés et imprimés dans des livrets remis aux participants. Leurs réalisations originales étaient exposées les 18 et 19 mars près de la grainothèque au Salon du livre d’Abbeville. 

 

La mémoire comme support de la création 


Outre la relation fertile qu’elle instaure entre les artistes et des publics parfois éloignés du livre, l’Éducation artistique et culturelle offre l’opportunité de faire vivre le patrimoine et les fonds des bibliothèques. Aux Archives municipales, Éric Berriahi a élaboré en 2016 une action avec la dessinatrice de bande dessinée Alex-Imé, en lien avec les commémorations du Centenaire de la Première Guerre mondiale. Le service dispose d’un fonds de 11 000 cartes postales qui ont donné lieu à une exposition intitulée « La Grande Guerre par le rire ». L’angle du dessin satirique et de la caricature zoomorphe a été retenu pour les interventions d’Alex-Imé auprès des élèves d’une seconde professionnelle du lycée Boucher de Perthes. 
 

Après une première séance de découverte des Archives, l’illustratrice a initié les participants au dessin et aux codes de l’image. Ils ont travaillé en classe, en présence de leur professeur de lettres-histoire, sur le rôle et la représentation des animaux pendant le conflit. « Chacun devait produire une carte postale et il fallait que l’ensemble raconte une histoire, à la manière des séries humoristiques réalisées en 14-18 et diffusées à la population », explique Éric Berriahi.

Les dessins ont été imprimés dans un recueil distribué au cours d’une restitution publique avec les enseignants, l’administration du lycée, les familles et les élus. La rédaction du carton d’invitation et la conception d’un diaporama sur les ateliers étaient à la charge des élèves, très investis dans le projet qui a reçu le label national du Centenaire 14-18. 
 

Cette action illustre la dimension à la fois intime et collective de l’EAC qui permet à ses bénéficiaires d’entrer en contact, souvent pour la première fois, avec un artiste ou un établissement culturel. Tous les organisateurs partagent des impressions positives sur les effets de ces rencontres qui favorisent la construction des individus, leur insertion, leur compréhension du monde. Mais leur impact n’est pas toujours simple à évaluer.

Bien qu’ils soient importants, les critères mesurables (fréquentation des ateliers ou acquisition de connaissances par exemple) ne suffisent pas à rendre compte du phénomène. 

 

Éducation artistique et culturelle :
les bibliothèques au premier plan

 

Hélène Hochart estime que « les projets réussissent grâce au facteur humain, au savoir-faire des personnes, aux liens qui se créent entre les partenaires. Tout cela n’est pas quantifiable ». Elle déplore par ailleurs qu’il soit difficile de s’inscrire dans le temps en suivant le parcours culturel d’une cohorte, année après année.

En dépit du poids administratif que représente la gestion des projets, de l’énergie et des ressources qu’elle mobilise, l’Éducation artistique et culturelle semble bien ancrée sur le territoire d’Abbeville avec le soutien des partenaires institutionnels.

Éric Berriahi l’affirme avec enthousiasme : « Le lien me paraît naturel entre le patrimoine écrit, les Archives et la lecture publique. Il n’y a pas de rupture dans l’information qu’elle soit collectée ici ou là. On doit être en capacité de tisser des projets ensemble, les porosités sont importantes, à Émonville on a même un jardin en commun ! » 

 

Alexandra Oury

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais