L'émouvante lettre du libraire de Shakespeare & Co à Anne Frank

Nicolas Gary - 09.03.2018

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C’est en 1960 que George Whitman, propriétaire de la librairie parisienne Shakespeare & Co se décide à écrire une lettre posthume à Anne Frank. Cet aventurier de la littérature anglo-saxonne accueillait les auteurs, hébergés en résidence : une générosité qui fut toujours saluée. Et aujourd’hui encore. 

 


crédit Shakespeare & Co
 

 

On ignore pourquoi Whitman se lança dans ce courrier : lui-même n’avait traversé la Seconde Guerre mondiale qu’en travaillant dans une station météorologique du Groenland. En 1960, il a 47 ans, et ce n’est pas tant à Anne Frank qu’à l’ensemble des lecteurs du Journal qu’il s’adresse. 

 

« Si j’envoyais cette lettre par la poste, elle ne te parviendrait jamais parce que tu as été effacée de l’univers. Alors j’écris une lettre ouverte à tous ceux qui ont lu ton journal et ont trouvé une petite sœur qu’ils n’ont jamais vue, et qui ne disparaîtra jamais complètement de la Terre, tant que nous vivrons et nous souviendrons d’elle. »

 

Et de revenir sur les rêves qu’exprimait Anne : venir à Paris, étudier l’histoire de l’art, « peut-être aurais-tu pu déambuler sur le quai Notre-Dame et découvrir une petite librairie à côté du jardin Saint Julien le Pauvre ». Précisément où est installée Shakespeare and Co, depuis 1922 — après avoir déménagé de la rue Dupuytren, où elle s’ouvrit en novembre 1919. 

 

Whitman évoque le chat Kitty et son établissement. « Ici, dans notre librairie, c’est comme une famille où vos sœurs chinoises et vos frères de tous pays s’assoient dans la salle de lecture et rencontrent des Parisiens ou prennent le thé avec des écrivains étrangers invités à vivre dans notre Guest House. »

 

Mais c’est en parlant de la jeune fille même que le libraire devient particulièrement émouvant. « La gouaille superficielle de l’Anne enjouée a caché la tranquille Anne, sereine, qui tâchait d’aimer et de comprendre le monde. Nous avons tous une double nature. Nous souhaitons tous la paix, mais, au nom de la légitime défense, nous travaillons à l’effacement de soi. »

 

Déplorant l’évolution militaire de ce monde, qui nourrit les guerres, et les militaristes qui privilégient les conflits, le libraire redoute un monde à venir qui pourrait imploser sous l’explosion nucléaire. La Guerre Froide a succédé aux désastres de 39-45, et le monde s’inquiète des relations tendues entre USA et URSS à cette époque.

 

« Les rêves d’une jeune fille consignés dans son journal, de ses 13 à 15 ans, signifient plus pour nous, aujourd’hui, que les travaux de millions de soldats et de milliers d’usines luttant pour un Reich de mille ans qui a duré à peine plus de dix ans. Le journal que vous avez caché pour que personne ne le lise a été laissé par terre lorsque la police allemande vous a emmenée dans un camp de concentration et a maintenant été lu par des millions de personnes en 32 langues. »

 

Il achève ainsi : « Quand la plupart des gens meurent, ils disparaissent sans laisser de traces, leurs pensées sont oubliées, leurs aspirations sont inconnues, mais vous avez simplement quitté votre propre famille et vous êtes devenu membre de la famille de l’Homme. »

 

On retrouvera l’ensemble de la lettre à cette adresse

 


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