L'Expressio de la semaine : Blanchir de l'argent

Expressio - 05.04.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - langue française - explication - histoires


Chaque semaine, le site Expressio propose de faire découvrir sur ActuaLitté une expression de la langue française, pour explorer les petites perles de notre langage, et en comprendre les évolutions. Aujourd'hui, quelque chose de circonstances : Blanchir de l'argent...

 

 

Signification

Donner à de l'argent malhonnêtement acquis une existence légale en dissimulant les preuves de son origine

Origine
Un célèbre proverbe dit que « bien mal acquis ne profite jamais » ou, autrement dit « on ne tire aucun avantage d'une possession ou d'un privilège obtenu par malhonnêteté ».
Mais si c'était toujours vrai, les truands, escrocs et autres pourvoyeurs de drogues ne s'achèteraient pas de superbes voitures ou propriétés, ne vivraient pas comme des nababs, et ne jugeraient pas utile de continuer à s'adonner à leur activité.

Le problème, pour ces aigrefins, est de remettre en circulation l'argent accumulé malhonnêtement en le faisant passer pour des espèces 'honnêtes' obtenues dans la plus pure légalité, donc en faisant disparaître les preuves de son origine frauduleuse.

Depuis le début du XIIe siècle, « blanchir » signifie « rendre blanc », ce qui n'est pas vraiment fait pour étonner. Il en découle, un siècle et demi plus tard, bien avant l'apparition des enzymes gloutons qui lavent plus blanc que blanc, le sens de « rendre propre » puisque, lorsqu'on a un linge blanc sali, on essaye de le « blanchir » en le lavant.


Au figuré et au XIXe siècle, le verbe signifie également « purifier », le blanc éclatant étant aussi un symbole de pureté.
Au figuré encore, dès le XIVe siècle, on parlait déjà de « blanchir un accusé » lorsqu'on réussissait à éliminer les soupçons qui pesaient sur lui ou, autrement dit, à le « laver » de ces soupçons.

Ce n'est qu'au XXe siècle qu'apparaît notre expression pour désigner l'action qui consiste, via des moyens généralement eux-mêmes malhonnêtes, à « nettoyer » ou « purifier » de l'argent « sale » afin de pouvoir le réinjecter dans l'économie comme s'il s'agissait d'argent honnête.
 

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Exemple
« Parmi les exemples typiques du processus traditionnel du blanchiment, figurent "les fourmis japonaises". Des faux touristes reçoivent une commission du trafiquant qu'ils aident à blanchir son argent sale. Le trafiquant distribue à ces faux touristes une somme d'argent au-dessous du seuil de révélation imposé par la France ou l'Union Européenne. Dotés de ces fonds, ils viendront à Paris pour acheter des articles de luxe. Une fois qu'ils retournent dans leur pays, ils touchent leurs commissions suite à la remise de leurs achats aux trafiquants. Ce dernier commercialise ces articles comme étant des objets venus de Paris et vendus dans une boutique qui lui appartient. »
Bernard Guillon - Méthodes et thématiques pour la gestion des risques - 2008 

Compléments
Il existe une origine répandue qui dit que cette expression vient de l'époque d'Al Capone qui blanchissait son argent via la chaîne de blanchisseries « Sanitary Cleaning Shops » dont il se serait porté propriétaire en 1928 dans ce seul but.


Bien sûr, pour qui aime les plaisanteries, blanchir via une blanchisserie est une excellente raison de faire naître une expression comme la nôtre.


Certes, mais la version anglaise « to launder (the) money » (blanchisserie se dit laundry en anglais) est attestée pour la première fois en 1975 dans le journal anglais The Guardian, à propos de mouvements de fonds étranges d'un comité de réélection de Richard Nixon au moment du scandale du WaterGate, soit bien après le décès d'Al Capone en 1947, et après l'apparition de la version française vers 1960.
Autant dire que cette hypothèse n'est probablement qu'une légende.