Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'Expressio de la semaine : Du même tonneau

Clément Solym - 05.10.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expressions - langue française - du même tonneau


Chaque semaine, le site Expressio proposera désormais sur ActuaLitté de découvrir une expression de la langue française, pour explorer les petites perles de notre langage, et en comprendre les évolutions. Nous inaugurons cette nouvelle rubrique avec Du même tonneau.

 

 

Signification

Du même genre

Comparable

 

Origine

On dit de Diogène qu'il vivait dans un tonneau. N'y aurait-il donc pas été seul ? Aurait-il eu un voisin de palier ? Et la concierge, dans tout ça ? Était-elle dans l'escalier ?

Il y a en fait deux choses dont nous sommes sûrs : c'est que son logement était en réalité une grosse jarre (la traduction avait dû être effectuée par un automate, car les tonneaux n'existaient pas encore), et que Diogène n'est nullement mêlé à la naissance de cette expression.

 

Pour comprendre la métaphore, nous allons donc simplement devoir nous rendre dans le chai d'un vigneron.

Là, nous allons subrepticement nous approcher d'un tonneau et y remplir deux bouteilles de vin. Ensuite, nous allons faire déguster les deux contenus à un œnophile. Et l'on constatera que, malgré son expérience, cet expert ne pourra faire aucune différence entre le goût de ces deux breuvages parfaitement comparables.

Cet usage figuré du mot nous vient de loin, puisque Rabelais, au milieu du XVIe siècle, utilisait déjà d'un autre tonneau pour dire « d'un autre genre ».

 

Retrouver les 1001 expressions

On ajoutera que le mot tonneau dérive de tonne, mot du XIIIe siècle qui ne désigne 1000 kilogrammes que depuis le milieu du XIXe siècle. Et tonne nous vient du latin médiéval tunna qui, au VIIIe siècle, avait le sens de « grand tonneau ».

 

À ceux qui liraient ici ou là que l'expression viendrait du tonneau en tant que mesure de capacité dont le sens aurait glissé d'une valeur quantitative vers une valeur qualitative au figuré, on objectera que l'usage du mot pour une capacité est apparemment postérieur à l'utilisation qu'en fait Rabelais.

 

Exemple : 

« Et Mario, soudain ravi, de bondir donner un coup de main à Pierrot, soulevant ainsi l'étonnement général : "on voit qu'il n'est pas surmené" ; ou encore : "il ne doit pas faire assez d'exercice" ; et autres réflexions du même tonneau sur le genre d'exercice auquel, à son accoutumée, était supposé se livrer Mario. »

Louis Chevalier - Histoires de la nuit parisienne - 1982