L'Expressio de la semaine : Être dur à la détente

Clément Solym - 14.12.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expression française - Etre dur à la détente - explication


Chaque semaine, le site Expressio propose de faire découvrir sur ActuaLitté une expression de la langue française, pour explorer les petites perles de notre langage, et en comprendre les évolutions. Nous poursuivons cette nouvelle rubrique avec Être dur à la détente.

 

signification

Être avare
Être difficile à persuader, à décider
Mettre du temps à comprendre

 

Origine
Pour certains, la véritable détente, c'est le repos complet, les doigts de pieds en éventail, dans la position du guetteur d'avions, sur le sable fin d'une plage bordée d'une eau limpide et turquoise, pendant que la brise agite les branches des cocotiers et que le doux bruit régulier des vagues entretient une agréable somnolence que seul le cri du goéland viendra parfois perturber.

Mais ceux qui sont férus d'armes savent que la détente (ou plus exactement "queue de détente" qu'on appelle souvent à tort la gâchette) est cette pièce métallique sur laquelle l'index appuie pour provoquer le décrochage de ladite gâchette qui va alors libérer le chien (s'il est armé), chien qui ne va pas aboyer[1] mais frapper le percuteur et faire partir le coup une fois que celui-là (parfois directement intégré au chien) frappera l'amorce de la munition. Alors si jamais le ressort du mécanisme est trop ferme, la détente est dure et l'arme est plus difficile à déclencher.

Et c'est cette difficulté de déclenchement qui, au figuré, a donné naissance à notre expression, la prise de décision, la compréhension de quelque chose étant comparées à un déclic, d'autant plus difficile à obtenir que la personne est indécise ou mal-comprenante.

 


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Mais ceux qui ont suivi vont demander : « Mais bougre de bon sang de bonsoir, quel est donc le lien avec ce premier sens de l'expression, être avare, peu utilisé de nos jours ? » Eh bien il se trouve que "dur à la détente", qui existe depuis, le début du XIXe siècle, a supplanté "dur à la desserre" datant d'un siècle auparavant.


Et cette "desserre", plus ancienne encore dans d'autres locutions, est cette fois l'image de celui-ci qui serre précieusement son argent contre lui ou de celui qui rechigne à desserrer les cordons de sa bourse. Lors du changement de mot, cette image d'avare est restée, malgré l'absence évidente de lien entre l'avarice et une arme.

[1] Comme le disait si justement Lao-Tseu : « Chien armé[2] n'aboie jamais, mais la caravane passe quand même. »

[2] Pour ceux qui ne maîtrisent pas complètement le français et auraient donc du mal à comprendre la plaisanterie, je précise que le 'chien' n'a ici rien à voir avec l'animal : il désigne dans une arme la pièce qui guide le percuteur ; et lorsqu'on dit que ce chien est 'armé', c'est que le ressort qui va permettre au percuteur de frapper la munition et en position tendue, prêt à fonctionner.

 

Exemple
« Heureusement, monsieur Badinier m'a à peu près promis un supplément ce mois-ci pour payer, cette fois encore, les dettes d'Aurélie. Il est fièrement dur à la détente, le père Badinier ! Mais aussi que peut-on attendre d'un ancien épicier. »
Eugène Sue - La famille Jouffroy - 1868

« Aussi, voyant qu'il ne pouvait rien apprendre de relatif à l'invasion tartare, écrivit-il sur son carnet : "Voyageurs d'une discrétion absolue. En matière politique, très durs à la détente".  »
Jules Verne - Michel Strogoff - 1876