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L'Expressio de la semaine : un mauvais coucheur

Expressio - 22.02.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expression française - analyse - histoire de la langue


Chaque semaine, le site Expressio propose de faire découvrir sur ActuaLitté une expression de la langue française, pour explorer les petites perles de notre langage, et en comprendre les évolutions. Aujourd'hui, on se met Un mauvais coucheur...

 

 

Signification

Une personne désagréable, peu sociable, de caractère difficile

Origine
Fermez les yeux et imaginez que vous vous installez dans votre machine à remonter le temps, réglez le curseur sur le XVIe siècle et appuyez sur le bouton.

Une fois arrivé, alors que la nuit tombe, vous entrez dans la première auberge venue et demandez à y passer la nuit.


Vous qui avez l'habitude de chambres individuelles confortables avec salle de bain attenante, vous aurez la surprise d'être convié à partager le même lit que d'autres voyageurs qui vous sont totalement inconnus.


Car à l'époque, foin d'intimité ! Il n'était pas question, sauf exception ou pour des personnes de haut rang, de disposer d'un lit ou d'une chambre pour soi.


Et vous voilà donc, sur votre 'couche', à devoir supporter la promiscuité et l'agitation des uns ou les ronflements des autres 'coucheurs'.

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Au XVIe siècle, les coucheurs étaient donc ceux qui partageaient le même lit (en tout bien tout honneur). Le mot a quasiment disparu du vocabulaire en même temps que l'abandon de la pratique.
Et c'est vers cette époque qu'un mauvais coucheur est, au sens propre, "un homme qui fait du bruit dans la nuit, qui découvre son camarade, qui l'empêche de dormir", tel que le définit Furetière.


Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que cette appellation devienne notre expression, avec le sens figuré qu'on lui connaît. Car, si elle est irascible et s'emporte dès qu'on lui fait des reproches "d'empêcheur de dormir", ou bien si elle se moque du dérangement qu'elle cause à autrui, une telle personne est bien sûr considérée comme désagréable et de caractère difficile.

 

Exemple
« Ce terme de "mauvais coucheur" dont les hommes libres, dans la vie civile, font un usage si détourné de sa source et si léger, reprenait alors pour nous toute l'énergie de son sens originel, puisque nous nous étendions par rangées de douze pour dormir, côte à côte sur le même vaste bat-flanc. »
Francis Ambrière - Les grandes vacances : 1939-1945 - 1958

« Mais vous ne pourriez pas avoir des ennuis avec un particulier, mauvais coucheur, qui vous accuserait de lui avoir fait manquer la vente en dépréciant sa marchandise ? »
Jules Romains - Les hommes de bonne volonté - 1933