L'expression à déguster de la semaine : Faire bonne chère

Clément Solym - 21.02.2008

Patrimoine et éducation - Scolarité France - explication - expression - faire


Mollement alangui sur mon bureau, le visage radieux, je me laissais gagner par le sommeil digestif. Quoi de plus agréable, en effet, que de s'assoupir ou de se laisser aller à quelques rêveries après avoir fait « bonne chère ».

Longtemps j'ai cru que « faire bonne chère » avait un rapport avec la viande ou avec une certaine image de faire du gras mais il y avait quelque chose qui ne collait pas car dans ce cas on aurait écrit « chair » et non « chère ».

En fait le mot « chère » est un dérivé du mot plus ancien et aujourd'hui oublié « chière », qui vient du latin « cara », le visage. Alors quel rapport avec le fait d'avoir bien mangé ?

Au XIIe siècle l'expression « faire bonne chère » signifiait faire bon visage, avoir un visage amical, et devint vite synonyme de bon accueil. Il faut savoir qu'à cette époque-là les mimiques et les gestes avaient beaucoup plus d'importance. L'emploi de cette expression au moment du repas existait cependant, à la même époque. On faisait donc bonne mine devant le repas.

C'est au XVe siècle, que l'expression fut réellement associée au fait de bien manger. En fait, on se retrouve en pleine guerre de Cent Ans, époque très dure où le bon repas n'est pas toujours de mise (en fait rarement), ainsi lorsque l'on offrait un bon repas à quelqu'un son visage se mettait à rayonnait.

Les deux sens de l'expression « faire bonne chère » ont longtemps coexisté. On retrouve le sens de faire bon visage, encore au XVIIe siècle mais petit à petit l'expression n'a plus gardé le sens que de bien manger. Et après tout, pour ma part en tout cas, ma plus belle mine je ne la ressors que lorsque j'ai fait « bonne chère ».