L'expression de la semaine : Prendre le taureau par les cornes

Expressio - 26.07.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expression française - histoire de la langue - patrimoine culturel


Chaque semaine, le site Expressio propose de faire découvrir sur ActuaLitté une expression de la langue française, pour explorer les petites perles de notre langage, et en comprendre les évolutions. Aujourd'hui, quelque chose de circonstances : Prendre le taureau par les cornes...

 

 

Signification

S'attaquer à une difficulté avec détermination

Origine
Comme vous le savez certainement, le taureau est un animal qui pèse plusieurs centaines de kilos, généralement nettement plus d'une demi-tonne. Alors, si après avoir été pris d'une soudaine envie de batifoler avec votre moitié dans un pré, vous vous trouvez nez à nez avec un taureau belliqueux qui vous fonce dessus, il ne vous viendrait certainement pas à l'esprit de rester face à lui, d'attendre qu'il arrive juste sous votre nez avec l'intention, d'un gracieux mouvement, de le saisir par les cornes pour l'envoyer valser au loin. Une telle attitude ne serait pas du courage, mais de l'inconscience totale, vu l'infinitésimal pourcentage de chances de réussite de la manœuvre.


Non, dans une telle situation, la seule chose sensée à faire, est de dire à votre moitié de courir très vite dans une direction, de jeter votre parka rouge sur son dos juste avant qu'elle s'élance, et de courir tout aussi vite dans une autre direction, de préférence après avoir remonté votre pantalon.

 

Bon, blague à part, non seulement le taureau ne voit pas les couleurs, mais en plus sa vision n'est pas nette ; alors parka rouge ou noir, peu importe ! C'est le mouvement qui l'attire : il y a autant de chances qu'il se mette à poursuivre l'un que l'autre.

Mais malgré la masse de l'animal, il existe toutefois des formes de combat ou de spectacle où des individus s'amusent, en approchant un tel animal par le côté, à lui saisir les cornes et, en s'y agrippant et en forçant sur sa tête, à le faire se coucher à terre.

 

Noberto Caimo raconte ainsi son voyage en Espagne en 1755 : « J'y ai surtout admiré certains traits singuliers d'un courage et d'une intrépidité extraordinaire, comme de saisir adroitement le taureau par les cornes et de le renverser par terre ».

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Mais qu'on ne s'y trompe pas, une telle action n'est pas donnée à tout le monde et arriver à un tel but sans être blessé, voire éventré et tué, est d'une grande difficulté. C'est elle que métaphorise notre expression, car il faut effectivement beaucoup de détermination pour s'attaquer de front à un tel obstacle.

Si les lexicographes modernes indiquent que l'expression est apparue sous cette forme au milieu du XIXe siècle, précédée à la fin du siècle précédent de attaquer le taureau par les cornes, on trouve pourtant dans un ouvrage de Guillaume de Lamberty écrit en 1727 le texte suivant : « C'étoit d'autant qu'il avoit ouï dire au feu Duc de Schomberg, le Père, que d'attaquer la France dans les Païs-Bas, c'étoit prendre un Taureau par les cornes. »


Or, il ne fait aucun doute que la forme et le sens y sont bien déjà ceux de notre époque.


Exemple
« À l'énergie méridionale de sa physionomie, on devinait qu'il s'appelait Provence ou Languedoc. Mais il restait à expliquer son sourire de dédain et l'air de supériorité morale que trahissaient ses traits, ce qui me semblait moins facile. Prenant le taureau par les cornes, je fis le premier pas :
- Vous êtes Français, lui dis-je, et mon compatriote, ou je me trompe fort!,
- L'un et l'autre, me répondit-il, et, si l'on peut se fier à l'apparence, voyageur comme vous. »
Musée des familles, tome 21 - 1853