L'expression de la semaine : sacrifier à Vénus

Expressio - 05.07.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expression française - histoire de la langue - linguistique


Chaque semaine, le vendredi, c'est du trafic d'expression sur ActuaLitté, avec le concours de Expressio.fr. Nous passons en revue les douceurs de la langue, ces formules idiomatiques dont le sens parfois nous échappe. Aujourd'hui, honneur aux femmes, et à celle maintes fois qualifiée de callipyge - quoique l'adjectif fut plutôt employé pour Aphrodite : Sacrifier à Venus.

 

 

Signification

Faire l'amour

Origine
Il existe quelques rares formes de sacrifice auxquelles on se soumet bien volontiers, sans aucune appréhension. Et le sacrifice à Vénus en fait incontestablement partie.

Et si, avant d'entrer dans le vif du sujet, je vous parle de maladies vénériennes (même si, en général, c'est après être entré dans le vif du sujet qu'on les attrape), ce n'est pas pour vous convaincre de sortir couvert, mais simplement pour rappeler que vénérien est un qualificatif qui nous vient par le latin de cette chère Vénus, la déesse de l'amour ; et rappeler également qu'on appelait aussi ce genre de maladie un coup de pied de Vénus. Plutôt très mal placé, le coup de pied !

 Retrouver les 1001 expressions

Si le lien entre Vénus et le fait de faire l'amour paraît clair quand on connait cette attribution de la déesse, on peut se demander en quoi s'adonner au plaisir sexuel est un sacrifice.


En fait, sacrifier nous vient au XIIe siècle du latin sacrificare qui voulait dire « offrir en sacrifice à une divinité », lui-même issu de sacrum facere pour « faire une cérémonie sacrée ».


Mais ce n'est qu'au XVIIe siècle que, parmi ses emplois figurés, le verbe précédant la préposition à prend la signification de « faire la volonté de ». Et là, tout s'éclaire : en effet,sacrifier à Vénus veut alors dire « faire la volonté de Vénus », l'incitatrice à la fornication, peut-être avec une connotation ironique pour le grand sacrifice que cela implique.

Cette expression, qui semble dater du début du XIXe siècle, avec le sens indiqué (puisqu'on faisait autrefois de véritables sacrifices à Vénus), est un peu tombée dans l'oubli, contrairement à ce qu'elle signifie.

Exemple
« Il est passé aujourd'hui en oracle divin, ce mot de Luther, qu'il n'est pas plus possible de retenir son envie que sa salive ; ni plus facile à l'homme et à la femme de se passer l'un de l'autre, qu'à l'un ou l'autre de se passer de boire et de manger. Impossible, entendez-vous chanter de tous côtés et sur tous les tons, de ne pas sacrifier à Vénus dès qu'on est d'âge. »
L'écho des vrais principes - 1829