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L'expression de la semaine : Tirer les vers du nez

Nicolas Gary - 30.08.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - expression française - histoire de la langue - linguistique


Toutes les semaines, ActuaLitté propose de découvrir les origines mystico-mystérieuses d'une expression française, en partenariat avec Expressio. Puisque l'actualité majeure reste le procès d'Apple contre le ministère de la Justice et que les plaignants entendent bien confondre la firme, déjà reconnue coupable, nous avons opté pour une formule de circonstances : Tirer les vers du nez...

  

 

Signification

Réussir adroitement à faire parler quelqu'un (sur un sujet ou des informations qu'il ne voulait pas aborder ou divulguer).

Origine
Que viennent faire des asticots dans les narines ?
A moins que, suite à une faute d'orthographe perpétuée, on évoque ici le gamin qui se triture l'intérieur du nez à grands coups de doigt agile avant ensuite de faire une boulette de 'vert' qui est soit promptement avalée, soit collée sous le bureau pour un usage futur en cas de disette, soit glissée dans le cou de son camarade de classe de devant ?

Mais peut-être que les asticots sont une bonne piste.
Vous savez en effet qu'il y a très très longtemps, les larves de mouches, entre autres, servaient à guérir les plaies car elles ne se nourrissaient que des tissus morts (voir un petit rappel dans le film 'Gladiator').
Eh bien actuellement, alors que les antibiotiques sont de plus en plus inefficaces, ce traitement revient en grâce et semble soigner efficacement certaines plaies difficiles à guérir autrement (Lien externe).
On pourrait donc imaginer que, suite à une blessure dans le nez soignée de cette manière, il faudrait bien finir par en retirer les asticots voraces qui y grouillent (ça doit faire de drôles de sensations) avant qu'ils se transforment en insectes volants. Je rassure tout de suite ceux qui imagineraient cela : seules les plaies béantes qu'on peut entourer d'un bandage pour confiner les larves qu'on y a déposées sont soignées ainsi.


Mais on peut légitimement se demander quel serait alors le lien avec les informations qu'on réussit à extirper à quelqu'un, non ?

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En fait, les hypothèses sur l'origine de cette expression qui est attestée depuis le XVe siècle sont multiples mais aucune n'est réellement satisfaisante.

Une qui semble séduisante viendrait d'une déformation du latin 'verum', 'le vrai'. On tirerait donc la vérité du nez.
Mais pourquoi du nez ? Et pourquoi 'les vers' au pluriel ?
En outre Alain Rey réfute cette hypothèse en ajoutant que la version anglaise "to worm a secret out of somebody" évoque bien un ver (de terre) et non la vérité.
Mais je ne suis pas sûr que cela suffise à la rejeter car cette expression anglaise pourrait simplement être une traduction approximative de la française.

D'autres personnes évoquent les charlatans de l'époque qui prétendaient guérir les gens en leur retirant par le nez les vers qui étaient forcément la cause de leur(s) maladie(s).
Il y a même eu Littré qui faisait un rapprochement hasardeux avec les comédons (ou points noirs) qu'on extirpe du dessus du nez et qui, s'ils ont bien la pointe noire, ont plutôt l'apparence de plus ou moins mini asticots blancs.

Enfin, même si cela a été suggéré, il est peu probable que l'expression ait un lien quelconque avec un poète auquel on chercherait à faire écrire quelque vers pour un sonnet (son nez ?).

Voilà donc encore une autre expression qui garde son mystère. Ou Mystère et boule de gomme.