L'expression qui met de l'ordre : Se tenir à carreau

Clément Solym - 17.04.2008

Patrimoine et éducation - Scolarité France - expression - tenir - carreau


Le monde du jeu nous a donné beaucoup d'expressions. Se tenir à carreau pourrait en être une. Du moins c'est ce que l'on pense communément.

L'expression serait un dérivé de la formule « Qui garde [ou se garde] à carreau n'est jamais capot ». Mais pourquoi le carreau et pas les autres couleurs ? Le Littré donne une explication plausible mais pas vraiment satisfaisante. Ça ne serait « fondé que sur la consonance ». Pourquoi pas...

Cela dit si on se réfère à la symbolique des cartes, on envisage avec Duneton (dans La Puce à l'oreille) une autre explication bien plus convaincante et bien plus en rapport avec l'usage commun de l'expression à savoir se tenir bien parce qu'une menace pèse sur nous. On se tient généralement à carreau pour éviter quelque chose de désagréable.

Les couleurs des cartes symbolisent, en fait, les différentes armes des soldats du moyen-âge. Par coeur il faut donc entendre le courage, une vertu nécessaire pour aller au combat, dans le pique il faut imaginer l'arme des fantassins, dans le trèfle les fourrages, et dans le carreau enfin la flèche de l'arbalète qui se nommait à cette époque le carreau.



Il est évident que défendre un château avec ce genre d'arme provoque une sensation d'un certain confort. On est loin de la menace et on a le temps de la voir venir et de réagir avant qu'elle soit là. Ainsi notre formule de joueur, à mon sens viendrait de là. Et il est fort probable qu'elle ait par la suite modifié « tenir quelqu'un à carreau » c'est à dire le tenir en joue, pour en faire l'expression que l'on connaît.

Nous retrouverions donc bien le double sens si je me « tiens à carreau » il ne peut rien m'arriver, parce que j'aurai l'avantage, mais aussi il ne faut pas que je fasse un pas de travers sinon la menace qui est en suspens s'abattra sur moi. Cela dit aucun texte ne nous permet d'affirmer cela.