L'expression qui ne prend pas de repos : Faire le pont

Clément Solym - 01.05.2008

Patrimoine et éducation - Scolarité France - expression - faire - pont


Ah le 1er mai son muguet, son odeur de printemps et de vacance, un jour paisible où l'on fête le travail en restant chez soi à ne rien faire ou en défilant dans les rues. C'est souvent l'occasion, et cette année il est probable que nombre d'entre vous se laisse tenter, de « faire le pont ».

Ah ce propos, il me reste en mémoire une anecdote que je brûle de vous raconter, non simplement pour meubler mais parce qu'elle sera liminaire à notre explication. Il s'agit de repérer la différence entre un architecte, un élève de X, et un Gadzart. Ah bien l'architecte construit un pont, ce dernier s'effondre mais l'architecte ignore pourquoi. L'élève de X, lui aussi construit un pont, ce dernier tient, mais il ignore pourquoi. Et le Gadzart, construit un pont, qui va tenir, et non seulement il sait pourquoi, mais il peut expliquer aux deux autres leur erreur...

Faire le pont donc... On pourra croire que c'est un usage récent, et que l'expression, dont l'image est limpide, l'est tout autant. Au pire, on serait tenter de croire que ça trouve ces origines avec l'avènement des congés payés en 1936.

Il n'est rien, l'usage et l'expression existaient depuis au moins une bonne centaine d'années auparavant. Il est très difficile de dater avec précision le moment où l'usage est né car nous n'avons aucun texte le relatant.

 Le premier à en faire état est Alfred Delvau dans son dictionnaire de la langue verte en 1867, sous le second Empire. À l'entrée « faire le pont », on pouvait donc lire : « Pont, congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier. Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi. » Bon évidemment de nos jours avec l'évolution des techniques, les ponts sont un peu plus longs.

Cela dit l'expression est restée dans le domaine oral encore quelque temps puisqu'à la même époque ni le Littré ni le Larousse n'en font état. Gustave Fustier, qui avait pris la suite de Delvau, pour le dictionnaire de la langue verte rajoute en 1883 une nouvelle entrée pour « faire le pont ».

Celui-ci est certain de se trouver en face d'une expression nouvelle et ne vérifie même pas si l'entrée existe déjà. Ainsi on peut lire : « Faire le pont. Cette expression est surtout usitée chez les employés d'administration. Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont. »

Voilà, qui illustre bien notre propos sur la difficulté de dater l'usage et l'expression. Celle-ci était assez répandue en 1867 pour que Delvau juge bon de la placer dans son dictionnaire et 16 ans plus tard Fustier pense trouver une expression récente et la reprend dans le même dictionnaire sans s'en rendre compte...



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